Recul
Quarante-huit heures après les vagues provoquées par des déclarations intempestives de Sarkozy sur l'affaire des moines de Tibhirine, le ton est à l'apaisement du côté français. Tour à tour, le président Sarkozy exclut toute volonté de sa part de créer des tensions inutiles avec l'Algérie, estimant que ce dossier doit connaître la vérité.
L'ancien chef de l'Etat, Jacques Chirac, interpellé sur la question, s'est dit favorable à la manifestation de la vérité, refusant de faire des commentaires à ce stade de l'instruction. Cette attitude est compréhensible, quand on sait que dans cette affaire franco-française, c'est Jacques Chirac et son équipe qui seraient susceptibles d'être gênés. Mais le recul le plus manifeste exprimé par un officiel du gouvernement français est venu de la part de la ministre de la justice Michèle Alliot-Marie. Lors de son intervention au Sénat, elle a annoncé que le juge d'instruction en charge du dossier des moines assassinés a adressé des commissions rogatoires en Algérie. Selon elle, cette démarche vise à demander une aide algérienne dans l'enquête. Calmant le jeu avec Alger, Michèle Alliot-Marie a expliqué que cette action «n'est pas une question de défiance ou de provocation à l'égard d'un pays ami. C'est un devoir de transparence et de vérité que nous devons à ces victimes, à leurs familles, à l'ensemble du peuple français». Même s'il a réaffirmé la levée du secret- défense concernant cette affaire, le président français a exclu l'existence de tensions avec son homologue algérien sur ce dossier. «Pourquoi voulez-vous qu'avec le président algérien, nos relations se trouvent bouleversées ? s'est-il interrogé en réponse à des questions de journalistes. La justice est saisie, que la justice dise la vérité, moi je m'en tiens quand même au communiqué numéro 44 du GIA en 1996 revendiquant l'assassinat des moines. Je n'ai accusé personne, je veux que la vérité soit faite», a ajouté le président français.En revenant à la revendication du GIA, Sarkozy tranche nettement, et dès lors, la question se pose sur les réelles motivations de la partie française dans cette affaire. Pour de nombreux observateurs, ce changement de ton dans les déclarations des responsables politiques français peut s'expliquer par le dernier rebondissement dans l'affaire. Jeudi, Abdelhak Layada, l'ancien chef du GIA, dans une déclaration au Temps d'Algérie et à El Khabar, a confirmé que le GIA est bien le responsable de l'assassinat en 1996 des sept moines. Un assassinat revendiqué la même année par un communiqué du groupe armé. De plus, des experts militaires ont prouvé techniquement l'invraisemblance des témoignages faits par le général français, mettant en doute le sérieux de ses déclarations. D'autant que le juge d'instruction en charge du dossier sait que des contacts avaient été noués à l'époque par des diplomates français avec le GIA grâce à un émissaire nommé Abdallah. Ce dernier avait été reçu dans l'enceinte de l'ambassade de France à Alger, écouté par un officier du renseignement et même accompagné dans une voiture blindée avant de le déposer dans un quartier du centre de la capitale. H. R. |