Les Verts ont fait flotter le drapeau algérien dans l'espace hexagonal Trois questions à Benjamin Stora
De mémoire d’Algérien de la première génération d'émigrés, jamais le drapeau algérien ne s'est autant déployé en France. La perspective d'une qualification au Mondial 2010 a donné de la visibilité aux couleurs vert, blanc et rouge.
Vibrant pour la bande à Saâdane, fans de foot et supporters occasionnels n'ont pas lésiné sur la gamme d'outils du «parfait supporter». Echarpes, maillots, chapeaux, bonnets et emblème algérien flottant aux quatre coins de l'Hexagone. Quels sens donner à ces images algériennes ? Spécialiste du mouvement national, Benjamin Stora(1) se livre à une lecture. A l'image de leurs compatriotes de la rive sud, les Algériens de France ont vibré, eux aussi, pour les Verts. L'avant et après Algérie-Egypte ont été marqués par des scènes de liesse aux quatre coins de l'Hexagone. Images plutôt rares, des drapeaux vert, blanc et rouge ont flotté, en grand nombre et comme jamais auparavant, dans l'espace français. Absolument. La double confrontation du Caire et de Khartoum a donné lieu à un déploiement sans précédent de la bannière algérienne. De Paris à Marseille et de Lille à Lyon, les villes à forte implantation algérienne ont été bariolées aux couleurs de l'Algérie. Presse écrite et chaînes de télévision ont montré des scènes d'Algériens des trois générations d'immigration arborant l'emblème algérien. Du jamais vu depuis la signature des accords d'Evian et la proclamation de l'indépendance de l'Algérie.
Quelle signification donnez-vous au déploiement d'un nombre si important de drapeaux algériens dans les villes de France ? Le temps d'un évènement footballistique, ces jeunes s'associent aux Algériens de l'autre rive pour fêter, à leur manière, les retrouvailles de leur pays avec le gotha mondial du foot. Ils saisissent l'occasion d'une qualification longtemps attendue pour célébrer la renaissance d'une équipe fanion, synonyme de retour du pays sous les lampions. Plus qu'une réincarnation footballistique, c'est, à leurs yeux, un signe supplémentaire de la fin du sentiment d'isolement dans lequel vivait l'Algérie au plus fort de la crise des années 1990. D'où leur volonté de manifester, pour la circonstance, dans un esprit enthousiaste, leur attachement à l'Algérie.
Aux Champs Elysées, sur les quais du Vieux port à Marseille et ailleurs, les fêtards se recrutaient, pour l'essentiel, parmi les beurs de la troisième générale. Des binationaux dont beaucoup n'ont jamais franchi la Méditerranée. Ils ne connaissaient de leur pays d'origine que les images renvoyées par la télévision et les albums familiaux... Les célébrations festives observées à l'occasion du match Egypte-Algérie ont aussi pris, chez les enfants de la troisième génération, la forme d'un marqueur identitaire. Supporters des Bleus et des clubs de Ligue 1 à longueur de saison, ils se passionnent aussi pour les Verts avec un enthousiasme débordant. Leur binationalité ne les empêche pas de manifester des «fidélités multiples». Ils soutiennent à la fois les camarades de Karim Benzemma et de Karim Ziani. Propos recueillis par Salim Kettani(1)Derniers livres parus : - Les immigrés algériens en France. Une histoire politique 1912-1962. Hachette Littérature - Le mystère de Gaulle, son choix pour l'Algérie. Robert Laffont
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