LE JOURNAL
Version imprimable Suggérer par mail
08-02-2010

Patronymes Hasardeux ou injurieux

Ces noms lourds à porter

On le traîne comme un boulet dont on ne peut se défaire toute sa vie, et le malheur est qu'on le lègue à sa progéniture pour l'éternité. Le nom patronymique, cette chose «qui colle là où on la colle», dit une charade de l'Ouest algérien, est une de ces inventions dont nous a affublés la colonisation française.

L'état civil, du moins tel que conçu depuis l'ancien régime français et l'Eglise catholique, qui imposait à chaque individu le choix d'un patronyme -transmissible par le géniteur paternel à sa descendance - et d'un ou plusieurs prénoms, n'était pas en usage au Maghreb et les pays arabes de l'époque.

Les gens portaient leur prénom comme marque de leur identité, et quand les circonstances l'exigeaient, ils étalaient leur longue lignée à travers les prénoms de leurs ancêtres et aïeux. Il a fallu attendre jusqu'en 1882 pour que le système français soit étendu aux indigènes d'Algérie.

Une loi votée le 23 mars 1882 à l'Assemblée française rend obligatoire, pour l'ensemble de la population indigène d'Algérie, l'inscription à l'état civil des actes de mariage, de naissance, de décès et d'un nom patronymique. A l'exception notable des populations des régions du sud qui avaient gardé leurs noms d'origine, tous les Algériens devaient adopter un patronyme, et ce, pour faciliter leur identification par l'administration coloniale.

Des noms d'animaux… et de légumes
Le choix des noms patronymiques n'a pas été sans abus, et la déformation involontaire ou intentionnée des noms originels par les légions d'administrateurs dépêchées dans les douars s'est traduite par des bizarreries qui ont encore cours aujourd'hui. 

Des historiens rapportent que, souvent, par mépris ou dérision, ce sont les administrateurs qui attribuaient les noms en se basant sur la toponymie des lieux, les métiers ou, plus méchamment, en puisant dans le répertoire de noms d'éléments naturels, de plantes et d'animaux, quand ce n'était pas les sobriquets qu'ils érigeaient en noms de famille indélébiles.

Le mépris est encore allé trop loin avec l'attribution de noms en fonction de la morphologie des personnes ou de leurs défauts physiques. C'est ainsi que sont nés les «boukhechem» ou «boukhenoufa» (l'homme au gros nez ou l'homme au groin), «bouseksou» (amateur de couscous), «boulbina» (amateur de petit lait), «boukraa» (l'homme à un pied), «laib» (le handicapé), «kaouane» (le boiteux)…

On n'oubliera pas les «bouras» (grosse tête), «kahleras» (tête noire), «demaghelatrous» (tête de bouc), «bouloudani» (l'homme aux grandes oreilles), «boulainine» (l'homme aux grands yeux), «boulahbal» (l'homme aux cordes), «boulemtafas» (l'homme aux grandes paluches) et on en oublie des centaines, voire des milliers que l'on retrouve généralement dans les régions de l'est du pays. Ici ? Egalement, on retrouve quantité de «boulebsal» ou «boubsila» (amateur d'oignons), «boulfoul» (ou «ibaouen» en kabyle) (amateur de fèves), «batata» (pomme de terre)…

Plus «chanceux», des Algériens se sont vu attribuer des noms en rapport avec leur ville ou leur région, quelquefois leurs ancêtres ou leur métier. On aura, dans ce sens, les «blidi», «mestghanmi», «ouahrani», «bsikri», «harrachi», «kebaili», «m'sili», des «mhamsadji», «nedjar», «sayed», «bahri», des noms fort répandus que l'on retrouve un peu partout à travers l'Algérie.

«SNP» et consorts
La liste est longue de ces patronymes puisés n'importe où et attribués arbitrairement à des centaines de milliers de familles qui perdent, ainsi, et leurs repères et leur généalogie car bien qu'elles soient nombreuses à porter le même nom, ces familles n'ont en réalité aucune relation entre elles.

Nous épargnerons aux oreilles chastes la consonance impudique de noms difficiles à porter et que beaucoup d'Algériens ont vite fait de changer dès le recouvrement de l'indépendance, malgré la lourdeur de la procédure. De même que ces fameux «SNP», ces sans noms patronymiques, si nombreux à l'indépendance, à cause de grands-parents qui avaient refusé de se plier aux injonctions de la loi de 1882. I

l faut dire aussi que beaucoup d'Algériens se sont fait piéger au jeu de la patronymie. Des historiens rapportent que, croyant tourner en dérision l'homme venu recueillir leur nom de famille, des Algériens ont commencé à s'attribuer à l'emporte-pièce des noms aussi bizarres qu'incongrus,

«juste pour se payer la tête de l'administrateur français qui inscrivait, selon la perception de son ouïe, des noms impossibles à prononcer», nous disait le professeur Daho Djerbal, dans son cours d'histoire sur l'Algérie. Ils ne pensaient pas que ces noms allaient être portés plus d'un siècle plus tard comme un lourd fardeau par des centaines de leurs descendants.

A. L.

 

 
< Précédent   Suivant >
 
EDITION DU JEUDI 11 MARS  - 2010

Appel aux âmes généreuses :

Lire la suite...  

Les Chroniques du Temps

Point Net

Histoire banale d'une machine à écrire

Un vieux confrère à la retraite nous confiait dernièrement qu'il était à la recherche d'une… machine à écrire pour terminer un écrit qu'il a entamé depuis quelque temps, sa déjà bringuebalante Olivetti ayant définitivement rendu l'âme au détour d'un chapitre inachevé. Une machine à écrire ?


Lire la suite...

DECRYPTAGES

Tel-Aviv circus !

Belle campagne que mènerait Joe Biden à Tel-Aviv pour le compte des prochaines élections américaines de mi-mandat ? Il aurait certainement réussi un carton plein si Benjamin Netanyahou n'est pas venu mettre son grain de sable.

Lire la suite... 









Edition du 11-03-10 - N° 361
Notre Hebdomadaire
LE TEMPS DES SPORTS
Sports

A LIRE AUSSI

EN A'
Benchikha : «Chaouchi ne figure pas sur ma liste et son cas me dépasse»
Le cas Chaouchi était inévitablement au menu de la conférence de presse animée hier matin au centre de presse du stade 5 Juillet par l'entraîneur de l'EN A', Abdelhak Benchikha, qui a mis à l'occasion les choses au point et les points sur les «i». «J'ai établi une liste de 30 joueurs qu'on a envoyée à la CAF et Chaouchi n'y figure pas.

Lire la suite...

Match retour le 17 avril
Le match retour entre l'EN A' et son homologue libyenne ne se jouera pas à la fin du mois en cours, mais à la mi-avril à Tripoli. «Les Libyens nous ont demandé de décaler le match au 17 avril et on a accepté», a annoncé hier Abdelhak Benchikha.

Lire la suite...

Avec 4 matches en moins, elle a réduit l'écart à 7 points du leader
L'Entente fond sur le Mouloudia

En battant aisément mardi en match retard l'AS Khroub sur le score de quatre buts à un, grâce notamment à un doublé de Nabil Hemani, l'Entente de Sétif a confirmé sa remontée spectaculaire au classement général qui l'a hissée au quatrième rang.

Lire la suite...

Division 2 : Favorable à Témouchent ?   
La 25e journée du championnat d'Algérie de football de division 2 verra le leader, le MC Saïda, effectuer un périlleux déplacement à Biskra, au moment où son dauphin, le CR Témouchent, évoluera à domicile face à l'USM Sétif.

Lire la suite...

LNF
Désormais le huis clos aux seuls récidivistes !
A la faveur du recul du phénomène de la violence dans les stades, une source très au fait des affaires de la Ligue nationale de football révèle que cette institution a décidé de ne plus recourir systématiquement à la sanction du huis clos à l'encontre des clubs.

Lire la suite...

 

Archives PDF

Site waqt el djazair

But de Djebbour
 
Direction, rédaction,  administration, contactez nous auX Numeros suivantsTel (021) 37 48 75
      (021) 37 48 09
      (021) 37 54 78Fax (021) 37 48 18

Syndication

RSS - LE TEMPS