LE JOURNAL
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08-02-2010
Des noms d'insectes, d'animaux, d'objets divers et d'autres injurieux

De très nombreux mots du lexique courant ne sont pas uniquement des termes triviaux, ils sont aussi des noms de famille portés par une partie considérable  de nos citoyens. Des patronymes aussi inclassables prononcés quotidiennement là où appeler la personne se fait pour une raison ou une autre par son nom, ce qui généralement, et selon des études psychosociologiques, engendre moult soucis aux individus dont des séquelles psychologiques à vie.

Plusieurs individus, dont des cadres de haut niveau, rencontrent des problèmes énormes quant à leurs noms de famille si bizarres lesquels, à peine chuchotés, ne peuvent les prononcer une fois de plus.

Figurez-vous que ces gens éprouvent un malaise quand il s'agit de paperasse, tout comme l'état civil, les cartes de visite, la présentation à autrui, l'échange de cordonnées... Ils rencontrent beaucoup de difficultés. Citons quelques cas de figure.

L'histoire de Ghouti Msaddad (boîte de métal usée), travailleur dans un chantier de construction. Une fois convoqué à sa direction, son directeur lui demanda son nom puisqu'il ne peut connaître tous les noms du personnel, Ghouti Msaddad le lui chuchota-t-il, et ce fut comme s'il n a rien dit. Son supérieur lui redemanda de redire le nom à haute voix, car il n'a rien entendu ou pas compris ou voulait être certain de ce qu'il venait d'entendre.

Le pauvre avait rougi, pris son courage à deux mains et le lui répéta… Une fois l'entretien terminé, Ghouti s'est précipité vers la porte de sortie comme si on lui courrait après. Ce n'était qu'une fois libéré de son complexe qu'il se confia à ses collègues.

Sabagh Daylou et Aazrine, une atteinte à l'identité nationale
A l'est du pays, aussi nombreuses sont les familles encore appelées par ce genre de noms. A titre d'exemple, Bousbibite, Lahate (hurleur), Aaouag (référence au cri du chacal), Zahag (lamenteur à haute voix), Zani (vous connaissez le terme), Sabegh Daylou (teignant sa queue, devenu Sabegh après modification), Aakssa (mauvaise augure), Aayn Elhaoudh (l'œil du bassin), Bakhoucha (insecte), Bakhouch (insectes),

Laama (l'aveugle), Laaouar (le borgne), Bourouba (vêtu d'une robe), Jarbouaa (rat), Aarjoun (régime de dattes), Boubguira (celui qui possède une génisse), Dib (loup), Ben Eddib (fils du loup), Messamech (exposé au soleil), Mezarguen (ébloui par la lumière du soleil), Demmar (destructeur), Boubchir (nom d'un oiseau), Jaroue Eddib (louveteau), Bayaa Rassou (vendeur de sa tête), Aazrine (Lucifer, si c'est le bon terme),

Ben Aazrin pour ne citer que ces exemples.  Des membres de ces familles souffrent le martyre au quotidien depuis leur enfance en raison des patronymes choquants qu'ils n'ont nullement choisi de porter. Leurs ascendants furent forcés d'être nommés ainsi en vertu d'une loi décrétée en 1882 par l'administration coloniale pour, évidemment, bafouer l'identité nationale.

Après l’indépendance, une partie importante de nos concitoyens continue à vivre l'humiliation au quotidien à cause de ces noms malsonnants, qui, en réalité, ne correspondent pas à la dignité de l'humain, ce sont des noms qui renvoient entre autres à des membres du corps, aux handicaps physiques, au matériel agricole, aux couleurs, aux ustensiles de cuisine, aux animaux et aux insectes...

De l'avis d'un jeune avocat interrogé sur le sujet, ces noms bizarres, à l'image de Hmar, Majnoun et autres, attribués par les Français aux familles algériennes, constituent une atteinte à l'identité nationale et dépassent dans ses multiples formes d'atrocité les conséquences fâcheuses des essais nucléaires qui ont eu lieu au Sahara.

Selon notre interlocuteur, pour s'en prendre à notre identité arabo-berbère, les colonisateurs ont remplacé les noms d'Algériens par des vocables vulgaires que l'on n'ose que difficilement prononcer. Ils ont à cet effet promulgué une loi qui fait office de l'une des armes fatales pouvant détruire l'individu aussi bien socialement que psychologiquement.

Vers la dissolution du système tribal
Pour institutionnaliser leur forfait abject, les Français ont imposé aux autochtones l'obligation d'enregistrer les naissances dans les registres de l'état civil français, une procédure qui n'existait pas auparavant. Notre interlocuteur ajoute :

«Avant que le pays ne soit conquis par les Français, les noms de famille étaient composés de 3 termes, à savoir le prénom du fils, celui de son père et de celui du grand-père et parfois le métier et la région sont aussi ajoutés pour éviter qu'une interférence ne surgisse entre les noms.»

«L'objectif principal que les forces colonisatrices voulaient atteindre à travers leur système diabolique d'appellations obscènes, qui naturellement n'était nullement le fruit du hasard, visait, outre la dissolution du système tribal qui gérait l'organisation familiale à l'époque coloniale, la diminution de la dignité de l'Algérien et l'atteinte à sa personnalité», ajoutera un professeur de sociologie.

Certains individus «victimes de leurs noms» ont clairement affiché leur volonté de les changer une fois que la nouvelle loi récemment décrétée par le président de la République entrera en vigueur.

En ce sens, l'un d'eux se confiera : «Je serai le premier à formuler ma demande de modification de nom qui me cause toujours des problèmes d'ordre psychologique, et ce, depuis que j'étais élève au primaire où, à chaque fois que l'enseignant prononçait mon nom, mes camardes de classe se mettaient à rire, je souffre en silence de ce problème jusqu'au jour d'aujourd'hui.»

Entendre son nom dans une file d'attente ou se faire héler, un vrai calvaire
De son côté, Lynda, une étudiante portant un nom si étrange, dira : «J'essaie perpétuellement d'éviter la fréquentation des endroits publics où l'on fait recours à l'appel par le nom, je tremble et je rougis à chaque fois qu'on m'appelle par mon patronyme, l'origine de mon malheur.

J'espère que la nouvelle loi portant sur la facilitation des procédures du changement des noms de famille inclassables mettra fin à la douleur psychologique que j'endure.» Il convient de dire dans ce contexte que les personnes ayant l'intention de procéder à la modification de leurs patronymes souhaiteraient un allègement de la procédure en vigueur.

A ce titre, un juriste de Biskra nous explique que, selon le décret 71/157 portant modalités de modification du nom ou du prénom d'une personne, le postulant doit adresser une demande accompagnée de pièces justificatives au ministre de la Justice qui, de son côté, chargera le tribunal du lieu de résidence de l'intéressé d'enquêter sur les causes principales du changement du nom.

De même que la demande en question doit être publiée dans un organe de presse écrite pour une éventuelle opposition de la part des familles porteuses du nouveau patronyme choisi par le demandeur. Dans la mesure où aucune opposition n'a lieu,

un comité mixte constitué des deux ministères, en l'occurrence la Justice et l’Intérieur, étudiera la requête dans un délai ne dépassant point 6 mois. Après, le dossier sera retransmis de nouveau au ministre de la Justice lequel le communiquera au président de la République pour validation. Faut-il par ailleurs dire que la religion s'oppose fermement à ce type de noms attribués même à des familles nobles.

L'islam appelle au changement de noms abjects
Dans ce contexte, L. K., un imam respectable, s'appuyant sur des faits et des vérités historiques, nous renseigne que le Prophète (qssl) a dit entre autres : «Vous serez appelés le Jour de la réincarnation par vos noms et les noms de vos pères. Choisissez-vous des noms corrects.»

Notre interlocuteur explique que l'islam est le premier à avoir appelé à la modification des patronymes abjects. «Il est illicite d'attribuer un nom non conforme à une personne, de graves effets sociopsychologiques en découlent au cours de sa vie.»

Pour conclure, l'imam nous en raconte un fait : «Un père est venu à Omar Ibn Al Khattab se plaindre de la désobéissance de son enfant. Le calife lui répond qu'il est des droits élémentaires d'un enfant que l'on lui choisisse le nom adéquat et la maman appropriée.»

K. B.

 

 
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EDITION DU JEUDI 11 MARS  - 2010

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Edition du 11-03-10 - N° 361
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