Le Pr Khiati à propos du travail des enfants «Il n’y a aucune loi qui pénalise les parents»
«Il n’y a aucune loi qui pénalise les parents qui obligent leurs enfants à travailler, c'est malheureux parce que cette frange n'est que victime», nous a déclaré hier le Pr Mustapha Khiati, président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et la recherche (Forem). Le professeur nous livre son point de vue sur une situation qui se complique et qui est tributaire de la seule volonté des pouvoirs publics pour que cesse ce genre d'exploitation.
Le Temps d'Algérie : Quelles sont les raisons qui expliquent le développement de ce phénomène selon vous ? Pr Khiati : Les raisons sont multiples, on peut noter la cherté de la vie, la disparition de la notion de l'argent de poche et surtout une certaine mentalité qui prend le dessus chez cette frange qu'on appelle la «ch'tara» ou «q'faza», la ruse et la malice en d'autres termes. Pour ce qui est de la cherté de la vie, je pense que les parents n'arrivent plus à subvenir aux besoins de leurs enfants, par conséquent ils poussent leur progéniture à se prendre en charge toute seule. Mais à ce sujet, je dois dire que généralement les conséquences sont fâcheuses. La notion de l'argent de poche est en partie dépendante des rentes des parents, mais vu la baisse des salaires et la cherté de la vie, les chefs de famille se limitent à offrir dans le meilleur des cas le strict minimum. Enfin la «ch'tara» ou la malice, cette mentalité est bien ancrée dans notre société et c'est devenu même une référence de réussite. C'est-à-dire un enfant débrouillard est un enfant qui réussira dans sa vie, chose qui est fausse, parce que l'enfant rate en parallèle des étapes importantes dans la vie, à commencer par son enfance, l'éducation et le savoir. Le ministère du travail a annoncé récemment qu'il n'existe pas de travail d'enfant en Algérie. Votre commentaire ? Nous avons toujours tiré la sonnette d'alarme et nous la tirons toujours si les conditions restent les mêmes. Je m'explique. Il faut savoir que dans une enquête effectuée en 2006, la Forem a fait état de près d'un million d'enfants exploités sur le marché informel du travail, je dis bien informel, dont 500 000 âgés de moins de 16 ans. Rien qu'en été comme vous pouvez le constater, 80% des plages grouillent d'enfants qui vendent des m’hadjeb et autres beignets, pour être plus clair. Le ministère ou l'Etat de façon générale ne voit que ce qu'il veut voir, car un responsable d'une entreprise publique ou privée ne peut embaucher un enfant de moins de 16 ans, car il risque gros en cas de contrôle. Par contre, ces chiffres monstres qui circulent sur ces enfants qui travaillent se trouvent au marché noir. Et ce pour différentes raisons. Prenons l'exemple d'un restaurateur, il embauche un enfant, parce qu'il est facile à manipuler, il est sous-payé et il fait vendre parce que les clients auront pitié de lui. Donc l'Etat doit se pencher sur ces réseaux pour trouver matière à ses enquêtes.
Comment peut-on stopper ce phénomène selon vous ? Les solutions existent, mais c'est à l'Etat de prendre en charge ces enfants, en ressuscitant les colonies de vacances qui sont en voie de disparition. Le ministère de la Jeunesse et des Sports peut dégager des espaces de loisirs et de détente pour les enfants afin de les occuper. Le ministère de la Solidarité a lui aussi un rôle à jouer en aidant les familles démunies afin d'éviter ces exploitations parentales des enfants, car le comble est là justement, les parents sont perméables face au travail des enfants, quand ce n'est pas eux-mêmes qui envoient les gamins sur le marché du travail, sachant que 80% des enfants déclarent avoir donné de l'argent à leurs parents. Le manque d'idées et l'irresponsabilité des parents sont derrière cette montée fulgurante de ce phénomène. E. M. |