Pour la première fois, des femmes touareg battues par des hommes au Nord du Mali Les terroristes piétinent les traditions touareg et provoquent un accrochage armé
«Les mots nous manquent. Nos plumes écrivent difficilement. Pour cause, ce qui ne s'était pas passé au IVe siècle sous le règne de la reine Tine-Hinane vient de se passer aujourd'hui, au XXIe siècle sous la direction d'Iyad Ag Ghaly.
Pour la première fois dans notre histoire, des hommes touareg (obscurantistes d'Ansar Eddine) ont battu et blessé des femmes touareg en pleine journée au centre-ville de Kidal. La réaction du MNLA a certes limité ce malheur, mais elle ne l'a pas empêché», écrit Aljimite Ag Mouchallatte dans un site touareg. Le texte décrit le choc reçu par les populations touareg du nord du Mali suite à la sauvage répression infligée par les éléments d'Ansar Eddine, organisation dirigée par le Mauritanien Iyad Ag Ghaly. Le 5 juin dernier, des centaines de femmes sont sorties dans la rue, à Kidal, ville du nord du Mali, manifester leur rejet de la présence des terroristes sur leurs terres. Elles dénonçaient Aqmi et Ansar Eddine quand les éléments de cette organisation se sont mis à les battre. Des centaines de jeunes de Kidal, eux également, sont sortis dans la rue, à Kidal, pour dénoncer la présence terroriste dans cette partie du pays. Armés jusqu'aux dents, les éléments d'Ansar Eddine ont usé d'une rare violence pour réprimer les manifestants. Dans un communiqué rendu public suite à cette violente répression, le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) a dénoncé cette sauvage répression. «Dans la journée du 5 Juin 2012, nos femmes, nos filles, nos sœurs, nos mères et grand-mères ont pris la ferme décision de manifester dans les rues de Kidal pour exprimer leur rejet catégorique de l'obscurantisme religieux qui tente, par le biais d'AQMI et d'Ansar Eddine, de s'implanter dans notre pays, l'Azawad. Et quelle réponse ont-elles eu ? Elles ont été frappées par les éléments d'Ansar-Eddine ! Un grand sacrilège que le MNLA ne saurait admettre, ni tolérer !», est-il écrit dans le document. «Par cet acte très grave, nous interpellons une nouvelle fois l'Union africaine, l'ONU, tous les pays et tous les organismes et instances internationales sur la réalité concrète des dangers de l'islamisme afin qu'ils mesurent la justesse de nos multiples appels à la solidarité pour combattre ce fléau mondial qui n'épargnera personne. Nous les interpellons pour qu'ils prennent leurs responsabilités quant aux atteintes portées à notre identité et à notre culture à travers les tirs croisés que nous subissons dans ce qu'il y a de plus sacré en nous, notre liberté, notre dignité qui ne peut en aucun cas s'accommoder du mépris de nos femmes et à plus forte raison de leur agression», ajoute le MNLA dans le document. Accrochage MNLA-Ansar Eddine Ce qui devait arriver arriva. Des affrontements armés ont eu lieu dans la nuit du 7 au 8 juin en cours, entre les éléments du MNLA et ceux d'Ansar Eddine, près de Kidal. «C'est la première fois qu'est rapporté un affrontement direct entre ces groupes dans l'immense région nord contrôlée depuis plus de deux mois par le MNLA et surtout Ansar Eddine et son allié jihadiste d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi)», rapporte l'AFP. Le calme est revenu à l'aube, a-t-il affirmé, précisant avoir constaté que les quelques drapeaux du MNLA qui flottaient dans la ville ont été enlevés, a ajouté l'agence de presse. Il est à rappeler que le 26 mai dernier, le MNLA et Ansar Eddine avaient signé un «protocole d’entente» les unissant, prévoyant la création d'un «Etat islamique de l'Azawad». L'accord n'a pas fait long feu puisque dénoncé par une large composante de la société civile azawad. Parmi les opposants à l'accord, des cadres et des personnalités de l'Azawad qui, dans une lettre adressée au secrétaire général du MNLA, ont exprimé leur rejet de tout rapprochement ou alliance avec «l'organisation islamiste Ansar Eddine dirigée par Iyad Ag Ghaly», rappelle-t-on. Mounir Abi |