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Point Net Produire, la mauvaise affaire !
Pour les céréales comme pour la pomme de terre ou la tomate industrielle, les agriculteurs sont pratiquement aussi bien inquiétés par les mauvaises que par les… bonnes récoltes ! Cela ne relève même pas de l'absurde de pousser la «plaisanterie» jusqu'au bout puisqu'ils le sont un peu plus par les années fertiles que généralement ils n'attendent pas que par les saisons de disette auxquelles, par la force des choses, ils ont appris à s'habituer ! Pour la tomate industrielle, il fut un temps où la «chose» était devenue une banale récurrence.
Chaque année, même quand la prospérité productive n'était pas au rendez-vous, tous les intervenants en la matière trouvaient largement de quoi se plaindre. Les producteurs du fait de la faiblesse de leur moyens d'acheminement d'un produit particulièrement sensible et de l'attitude pas toujours loyale des transformateurs qui tergiversent de façon à acquérir le fruit à des prix au rabais et des services agricoles qui n'assurent pas leur mission de régulation. Les transformateurs, eux, se plaignent évidemment des prix, de la maigreur de l'offre qui réduit leurs capacités de production et des services étatiques à leurs yeux plus soucieux des intérêts des agriculteurs que de leurs entreprises pourtant aussi, sinon plus socialement utiles que celles des agriculteurs. Les services agricoles enfin s'en prennent à tout le monde, histoire de se mettre à l'abri de tout reproche. Pour la pomme de terre, l'histoire est plus connue, même si elle n'est pas très différente. Il y a autant matière à spéculation dans les années de bonne récolte que dans les mauvaises. Alors, personne ne s'en prive. Sauf le consommateur à chaque fois sommé de «comprendre» que le tubercule peut devenir un luxe dans tous les cas de figure. Quand il est rare, il devient cher parce qu'il est… rare ! Quand il est abondant, il devient cher parce qu'on n'a pas les moyens de le transporter ou de le stocker et quand il pleut, il devient cher parce qu'on ne peut pas le cueillir ! C'est un peu plus simple pour les céréales et pourtant c'est… beaucoup plus compliqué ! Produit stratégique par excellence, sa «prise en charge» au sommet de l'Etat est une bonne chose dans l'absolu, dans la mesure où même avec des mesures velléitaires, les choses se sont améliorées, surtout en ce qui concerne la production. L'achat «solidaire» de la production a encouragé des agriculteurs à s'investir dans le créneau pendant longtemps abandonné au profit de cultures spéculatives et d'autres «mesures d'encouragement» ont fait qu'il y a un léger mieux dans la production, même si elle reste assez largement tributaire des conditions météorologiques. Mais aussi stratégique qu'elle soit, aucune culture ne peut s'accommoder d'une situation de quasi monopole. La production céréalière, du fait qu'elle ne tienne qu'à l'assistance de l'Etat et à la… pluviosité, ne peut pas mener très loin. Même pas à l'autosuffisance dont on est encore assez loin, en dépit du fait que les potentialités naturelles du pays permettent d'envisager plus d'ambition en la matière. Mais voilà que même des années moyennes en termes de prévisions de récoltes inquiètent les agriculteurs. Manque de machines, manque d'aires de stockage, lenteurs dans la réception du produit par les Coopératives céréalières publiques, et maintenant l’intrusion des trabendistes pour acheminer le blé et l'orge de l'autre côté des frontières. L'exemple le plus frais en l'occurrence nous vient de la wilaya de Tlemcen qui aurait enregistré une bonne récolte cette année. Elle est tellement bonne qu'on ne sait plus quoi faire de 270 000 quintaux d'orge et presque autant de blé dur qui ne représentent pourtant que la moitié des prévisions de production. Un demi million de quintaux donc qu'on n'arrive pas à livrer ou stocker, et autant qui attendent des moissonneuses-batteuses qui ne viennent pas, avec les risques d'incendie et autres aléas climatiques. Pendant ce temps, les producteurs s'affolent et alertent les autorités sur leurs difficultés à récolter, à garder ou à vendre. Et pour boucler la boucle, on signale de grosses quantités de blé et d'orge qui prennent la route vers l'est marocain en échange de… cheptel malade ! On avait de sérieux problèmes quand on ne produisait pas. Si on en a autant ou plus quand on produit… Par Slimane Laouari laouarisliman@gmail.com |