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11-07-2012

Point net

On prend les mêmes et on continue

L’été du football est au moins aussi chaud que la température ambiante. Pour l'instant. Et même s'il est loin de son terme, il nous aura quand même révélé toute la mesure de ses folies. A l'orée de la troisième saison du championnat «professionnel», on aura été rassuré sur une chose : 

l'argent coule toujours à flots, comme au bon vieux temps de… l'amateurisme ! Et pour cause, il ne pouvait en être autrement, puisqu'en dehors d'un club algérois repris par un homme d'affaires qui a pignon sur rue, a esquissé un projet sportif et mis les moyens financiers pour le concrétiser, rien n'a changé. On n'a même pas pris les mêmes et recommencé, on a pris les mêmes et on a… continué !

Il est quand même hilarant, ce mode opératoire censé installer le football algérien dans le professionnalisme, plus particulièrement dans le changement du statut des clubs. Première incongruité, c'est aux présidents d'«associations» qu'on confie le soin de «trouver des investisseurs» dont beaucoup parmi eux n'en reviennent pas encore d'avoir été invités à déposer leur manne financière au seuil de la porte avant de laisser les anciens dirigeants s'occuper des choses sérieuses.

Ainsi, non seulement ça revient à charger le problème de trouver… la solution mais avec un nouveau statut qu'ils n'avaient même pas, du moins pas formellement du temps des associations : propriétaires des clubs ! A ce titre, ils sont évidemment libres d'accepter ou de refuser les candidats à la reprise, selon la part du gâteau qui leur sera proposé. Mais l'appétit venant en mangeant, l'écrasante majorité d'entre eux ont choisi de… rester dans le statu quo. Sans contrainte légale, ils ne voient pas pourquoi ils seraient obligés d'aller chercher des propriétaires à… leur propriété !

Il suffisait pour cela de les entendre crier sous tous les toits et à qui veut bien les entendre qu'ils ne «céderont leurs clubs» qu'à ceux qui ramèneront une telle somme, que le «patrimoine» historique et sportif de ces clubs n'a pas de prix ou que leur gestion doit revenir aux  «enfants» du club, pour se rendre compte que même dans leur langage, il n'y a pas la moindre trace ni de projet sportif ni d'entreprise comme c'est le cas de tous les clubs professionnels du monde.

Dans le meilleur des cas, ils ont tenu à sauver la forme en créant des sociétés par actions «SPA» de bric et de broc. Après tout, c'est l'unique contrainte légale à laquelle il faut bien se soumettre. Et puis ces conseils d'administration dont les membres ne savent parfois même pas pourquoi ils sont là. Ils n'ont rien demandé, ne savent rien et ne décident de rien, puisqu'ils n'ont fait que remplacer les folkloriques assemblées générales qui avaient au moins le mérite -formel- d'être balisées dans les conditions d'accès, même si elles étaient, elles aussi, systématiquement cousues de fil blanc.

Et nous voilà donc, à l'orée de la troisième saison du championnat professionnel avec le même football de piètre qualité, avec autant ou juste un peu plus d'argent et surtout avec le même personnel dirigeant qui n'a aucune raison de partir. Il y en a même qui sont revenus à la faveur du… professionnalisme après avoir notoirement fait scandale dans l'amateurisme ! Ils sont revenus ou sont toujours là.

Certains
«négocient» avec des investisseurs qui ne viendront peut-être jamais, d'autres calment le jeu face à la grogne des supporters par des recrutements fictifs et d'autres encore font les morts pour ne pas être dérangés dans leur discret business. A plus haut niveau aussi la situation doit être politiquement bien plus rentable comme elle est, la rationalité dans la gestion et l'organisation et surtout la transparence financière ne s'accommodant pas avec l'usage qu'on veut bien faire du football.

Il est plus facile en effet de manipuler les foules avec des matches médiocres et une gestion opaque qu'avec un vrai spectacle qu'induirait le changement. Le loisir, et le foot en est aussi un,  peut donner à réfléchir quand il est de qualité. Et on n'en veut pas manifestement, pour l'instant.

Par Slimane Laouari

laouarisliman@gmail.com

 
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