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04-08-2012
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Le Mouloudia, de Rome à Hassi Messaoud

Sonatrach va mettre quelque cent milliards de centimes pour «reprendre» le club de football du Mouloudia d'Alger. Si… d'aventure, il y a encore des gens qui ne savent pas ce qu'est Sonatrach, c'est une entreprise publique. Pas n'importe quelle entreprise publique mais entreprise publique tout de même.

Pour ceux qui ne le savent pas encore ou l'ont oublié, Sonatrach finance et gère déjà toutes les autres disciplines en dehors du foot, même si, à l'époque de la transaction, le mot «reprendre» n'existait pas encore dans le jargon. Le Mouloudia est devenu Groupement Sportif des Pétroliers, avec les résultats qu'on connaît.

Orphelin de son ancrage populaire, cet ensemble sportif hybride a perdu son âme, puisqu'il n'a plus rien d'autre que ses moyens colossaux, comparés aux autres clubs.

Des «adversaires» internes dominés de la tête et des pieds, des titres à n'en plus compter, Sonatrach n'a pourtant à aucun moment réussi à faire de ce groupement un moyen de promotion économique et commercial qui est censé avoir motivé son investissement. Pour tout résultat donc, le GSP a tué la compétition dans la majorité des sports au plan interne sans jamais réussir à donner au pays l'élite dont il a besoin pour son rayonnement continental et international.

Sinon, ça se saurait et l'actualité des JO nous en aurait certainement donné la preuve. Si les entreprises publiques gestionnaires de clubs étaient une panacée pour le développement du sport, peut-être qu'on aurait dû rester dans la fameuse «réforme» qui avait donné la «Jeunesse Electronique», la «Génération Sidérurgique» et l' «Union électrique» !

S'il est vrai qu'on a fini par la regretter parce que c'est à son terme que le sport algérien, le football particulièrement, a entamé sa dégringolade, il est aussi vrai que d'aucuns ont confondu en l'occurrence une génération de joueurs exceptionnelle qui nous a donné quelques motifs de satisfaction avec la réussite d'une politique des sports ! Mais voilà. Ces expériences ont tellement été des… exemples de réussite qu'on va remettre ça. Et dans le football «professionnel» s'il vous plaît.

Tous les autres clubs auraient donc réussi leur mutation. Ils ont trouvé les investisseurs, ont constitué leurs sociétés, élaboré leur plan de structuration, pensé leur projet sportif, esquissé leur politique de formation, fignolé leurs montages financiers et arrêté leurs objectifs à terme.

Il ne reste donc plus que le Mouloudia d'Alger qui n'arrive pas à décoller, il faut donc le confier à… Sonatrach ! On savait qu'on pouvait s'attendre à tout dans ce club qui a quand même réussi une «expérience» unique dans l'histoire du football en se faisant diriger à distance par un ambassadeur de la république en plein exercice, mais on ne l'attendait pas, cette histoire de Sonatrach.

Posons quelques questions basiques. Pourquoi l'argent public irait-il à un club en particulier et pas les autres ? Pourquoi les investisseurs privés ne se bousculent-ils pas au portillon d'un club si populaire et si prestigieux qui peut être immédiatement rentable en termes d'image et en… d'autres termes ? Il paraît que c'est… politique ! On savait les grands clubs courtisés pour ce qu'ils peuvent apporter en masse électorale et en maintien de la paix sociale, mais dans le cas précis, il est difficile de comprendre.

On ne comprend pas parce que c'est trop gros. On savait les tireurs de ficelles politiques  capables de susciter les investissements les plus invraisemblables, mais sommer Sonatrach d'acheter un club de foot au mépris de toute considération économique, de toute équité et de toute éthique est franchement scandaleux.

C'est d'autant plus scandaleux que Sonatrach n'a pas vraiment de problème pour… écouler son pétrole pour aller se faire une image dans une équipe de football. Plus que cela, si cette entreprise voulait contribuer au lancement du football professionnel comme on semble le suggérer, peut-être que le Mouloudia d'Alger ne serait pas vraiment le club qui en a le plus besoin.

Slimane Laouari

laouarisliman@gmail.com  

 
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