Un manque à gagner annuel de 10 milliards d'euros
Le commerce informel que l'on désigne communément en termes de «trabendo» dans le langage populaire constitue une grave atteinte à l'économie réglementée. De nos jours, le commerce informel est à l'image de cette hydre à sept têtes qui semble infecter par son venin les villes et villages d'Algérie.
Incontestablement, il n'existe pas d'endroit dans le vaste territoire du pays où il ne se passe pas au vu et au su de tout le monde de transactions sans facture. Ce genre de transaction cause un grave préjudice au Trésor public. Les pertes avoisinent les 10 milliards d'euros annuellement, selon les estimations communiquées l'année écoulée par le ministre du Commerce, Mustapha Bendada. De quoi doter le pays d'un autre mégaprojet de la dimension de l'autoroute Est-Ouest ! L'activité de l'informel représenterait selon des experts un pourcentage de 40% de l'économie nationale. Dans une intervention dans les colonnes de notre confrère El-Watan, Abdelhak Lamiri, professeur et docteur en sciences de gestion, avait soutenu en mars dernier que «le secteur informel gangrène l'économie formelle et déstructure grandement le tissu économique et social d'une nation. Il introduit une concurrence déloyale qui ravage l'économie. En ne payant ni taxes ni cotisations sociales, il peut proposer des prix bas et mettre à mal les citoyens qui activent normalement en respectant les lois». Selon le même expert, la prolifération de l'activité de l'informel pourrait donner naissance à un sentiment d'injustice et ses conséquences sont énormes, avertit encore le Dr Lamiri. Ce dernier avait estimé en outre qu'en raison de l'ampleur prise par le marché informel, des entrepreneurs officiels, par souci de préserver leurs affaires, se lancent eux aussi dans des activités au noir. Ce faisant, ces entrepreneurs ne vont déclarer que le tiers de leurs activités, alors que les sous-déclarations sont aussi conçues, selon la même source, comme une riposte à la concurrence déloyale. En 2011 déjà, le ministère du Commerce avait recensé près de 800 sites de commerce informel à travers le pays, au sein desquels activent quelque 75 000 commerçants occasionnels. Aujourd'hui encore, des responsables du ministère du Commerce indiquent que la moitié du chiffre d'affaires des opérateurs économiques algériens provient de l'informel. De son côté, l'Office national des statistiques a tiré la sonnette d'alarme en affirmant que l'activité informelle «a pris ces dernières années des proportions monstrueuses dans plusieurs villes du pays». Quelles solutions pour réguler une activité hors la loi ? Bien qu'il constitue bel et bien une infraction à la loi régissant l'activité commerciale, le marché informel en Algérie se pratique toujours à ciel ouvert et s'accroît même au vu et au su de tout le monde. Ce qui témoigne d'un certain laxisme de la part des autorités quant à faire face à ce fléau. Il n'existe ni politique ni stratégie pour réduire les méfaits provoqués par l'informel. Seuls les services de sécurité organisent des descentes punitives ou ce qui est appelé opérations coup-de-poing contre les tenants de cette activité. Est-ce la meilleure solution pour réguler ce fléau ? La question reste posée. Karim Aoudia |