LE JOURNAL
 
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08-09-2012
Yamina Benguigui, ministre française déléguée, chargée de la Francophonie, critique «les discours sur les bienfaits du colonialisme» français en Algérie :
«Nous avons définitivement changé de langage»

A Alger, depuis avant-hier, pour une visite officielle de trois jours, Yamina Benguigui, ministre déléguée auprès du ministre français des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, a exprimé la démarcation totale de la politique actuelle française quant à celle prônée du temps de Nicolas Sarkozy, vis-à-vis de l'Algérie.

Du moins pour ce qui est d'un des sujets les plus importants, celui de la loi française du 23 février 2005, consacrant «les bienfaits du colonialisme français en Algérie». «L'histoire (entre les deux pays) est douloureuse, mais nous devons réfléchir comment nous pouvons avancer ensemble et le rapprochement doit se faire des deux côtés», a-t-elle estimé lors d'une conférence de presse animée hier à Alger.

La ministre française a relevé que «plusieurs dossiers de coopération sont bloqués» et «c'est pour cela, selon elle, qu'il est temps de se remettre à la table de dialogue». «On ne mettra jamais de croix sur le passé colonial (de la France en Algérie) et d'ailleurs ce n'est pas la volonté de M. François Hollande, pour qui la visite en Algérie (prévue pour la fin de l'année en cours) pèse lourd», a ajouté la ministre déléguée française, qui a reconnu que «beaucoup de maladresses dans les mots ont été constatées dans le passé».

La ministre déléguée a critiqué la loi française du 23 février 2005, adoptée du temps où Nicolas Sarkozy était président de la République. Une démarcation nette de la part des nouveaux dirigeants français par rapport à la politique prônée par le prédécesseur de François Hollande à la tête de l'Etat français, vis-à-vis de l'Algérie.

«Les discours sur les bienfaits de la colonisation (loi du 23 février 2005) ont été très violents et très vexatoires (à l'égard des Algériens), même au regard des Français, et ont même ralenti ce qui était en marche dans  le cadre de la coopération entre les deux pays», a admis la ministre française, citée par l'APS. «Avec l'arrivée de M. Hollande (au pouvoir), nous avons définitivement changé de langage», a affirmé Yamina Benguigui.

La ministre française a également évoqué la visite annoncée pour la fin de l'année en cours du président français François Hollande en Algérie. Hollande arrive en Algérie avec «des nouveaux mots, un nouveau langage, un langage très humain», a-t-elle déclaré hier.

«Nous sommes à la veille d'un grand rendez-vous avec le président François Hollande qui arrive avec, je pense, des nouveaux mots, un nouveau langage, un langage aussi très humain, du cœur», a affirmé Yamina Benguigui. Selon elle, la visite du président français marquera «le point de départ d'un nouveau dialogue entre les deux pays».
«Cette visite a été vraiment très riche, très efficace.

Je rentre très heureuse et optimiste aussi», a lancé la ministre française déléguée suite à un entretien qu'elle a eu avec le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci. «Nous sommes aussi dans une année importante qui est le 50e anniversaire (de l'Indépendance) de l'Algérie, je suis moi-même devant vous, je suis aussi très sensible, je suis d'origine algérienne», a-t-elle précisé.

Les entretiens entre Medelci et Benguigui se sont déroulés en présence du ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel, et du ministre délégué chargé de la communauté nationale à l'étranger, Belkacem Sahli, rapporte l'APS.

«Réunion des 12 pays amis du Mali»
Par ailleurs, concernant la teneur de ses entretiens jeudi avec Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, Yamina Benguigui a indiqué que Messahel a fait part de la proposition  de l'Algérie de «la tenue d'une réunion des 12 pays amis du Mali», en marge des travaux de l'Assemblée générale des Nations unies. Qualifiant cette proposition d'«initiative favorable», elle a précisé qu'elle la transmettra au président François Hollande et au ministre des  Affaires étrangères, Laurent Fabius

Reçue par Abdelmalek Sellal
Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a reçu, hier, la ministre française déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères français, chargée de la francophonie, Yamina Benguigui, en visite de travail à Alger, a indiqué un communiqué des services du Premier ministre, cité par l'agence de presse.
Yamina Benguigui a remis à Abdelmalek Sellal un message de son homologue Jean-Marc Ayrault lui exprimant à la fois «ses félicitations et son engagement et celui des autorités françaises de donner une impulsion nouvelle aux relations bilatérales».

«Divergences» sur la crise malienne
La crise malienne n'a pas été omise lors du séjour de Yamina Benguigui qui a déclaré avant-hier à Alger que la France et l'Algérie se   concertaient en vue d'harmoniser les positions sur le Mali, dans la perspective d'une réunion de haut niveau le 26 septembre à New York.

«L'Algérie et la France sont d'accord pour se concerter et viser à parler d'une seule voix à cette réunion de haut niveau en marge de l'Assemblée générale (de l'ONU) le 26 septembre», a déclaré dans un entretien à l'AFP la ministre française déléguée, arrivée jeudi à Alger pour une visite de trois jours.

Cette réunion aura lieu à l'invitation du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a-t-elle précisé, citée par l'agence de presse qui rappelle que le président du Mali, Dioncounda Traoré, a demandé une aide, sur le plan logistique, à la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) pour recouvrer le nord de son territoire contrôlé par des islamistes, tout en ne souhaitant pas un déploiement de «forces combattantes étrangères.

«A partir de maintenant et jusqu'au 15-20 septembre, aussi bien du côté algérien que du côté français», des discussions vont être menées afin d'harmoniser les positions et tenter de «ne parler que d'une seule voix», a-t-elle précisé. Elle faisait référence au groupe de contact sur le Mali, composé de six pays d'Afrique de l'Ouest (Nigeria, Togo, Côte d'Ivoire, Niger, Bénin et Burkina Faso), aux côtés d'organisations africaines régionales (Union africaine, Cédéao), de pays du Sahel, des Etats-Unis et de l'Union européenne. La ministre a reconnu des «divergences» entre Paris et Alger, qui continue à croire qu'une solution politique est possible, tandis que la France plaide pour une intervention militaire.

M. A.  

 
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