Point Net Le cancer ou la mort sur rendez-vous
n a beau dire, il est difficile, quand on n'est pas directement confronté à un cas précis, de croire qu'on demande à un malade du cancer de... patienter toute une année, parfois plus, pour avoir droit à une séance de soins par radiothérapie.
Pour une maladie où il est d'abord question de mener une course contre la montre, il n'est pas besoin d'être d'un pessimisme maladif pour «regarder la réalité en face»: pour beaucoup de malades, le combat est perdu d'avance. Il n'est déjà pas du tout évident de lutter contre la maladie, de résister à la tentation de tout lâcher et de préférer la fin à la souffrance, quand on est mis dans les meilleures conditions médicales et psychologiques possibles. Alors, il suffit d'imaginer l'état mental d'un malade qui se rend compte qu'il n'a pas le minimum de ces conditions pour mesurer sa détresse et son impuissance, avant la résignation, toujours fatale dans de tels cas. C'est qu’on ne peut pas combattre le cancer chez une personne qui en est malade quand on ne lui assure pas l'essentiel. A une autre époque, ça aurait été s'attaquer à la tuberculose sans la streptomycine, qui est la base, sinon l'essentiel du traitement ! Allez convaincre les bonnes femmes à l'orée de la quarantaine de faire un dépistage précoce du cancer du sein quand sa voisine de palier qui l'a dépisté... à temps attend de mourir avant son rendez-vous au Centre Pierre et Marie Curie de l'hôpital Mustapha Pacha, dans quinze mois ! Un CPMC, qui, il n'y a pas si longtemps, était cité comme exemple de gestion et d'humanité ! Il paraît que la dernière «trouvaille» dans cette structure qui a décidément beaucoup fait parler d'elle, ces derniers temps, est de se mettre aux... normes internationales ! Et pour souscrire à cette obligation, il fallait chambouler, nous apprend notre collègue dans l'édition d'hier, «les horaires de fonctionnement des accélérateurs (équipements de radiothérapie)» ! Comme si un rendez-vous de quinze mois pour une séance de soins était... trop court, voilà qu'on a donc trouvé la solution pour l'allonger dans le temps ! Les équipements qui fonctionnaient dix sept heures par jour ne sont désormais utilisés que pendant douze heures, avec toutes les conséquences imaginables ! Il est tellement difficile d'imaginer qu'on puisse demander à un cancéreux d'attendre aussi longtemps. Tellement difficile que quand Ould Abbès criait à tous les micros que les médicaments contre le cancer sont là, beaucoup avaient du mal croire que... les médicaments ne sont pas là ! Et puisqu'il s'agit de se mettre aux «normes internationales», il serait intéressant de savoir ce que représente les cinq centres de radiothérapie fonctionnels en Algérie, sur les... vingt, avec une moyenne de soixante accélérateurs, qui représentent ses besoins réels ! Dans la foulée, on voudrait aussi savoir si les douze appareils utilisés pour soigner quarante-cinq mille malades sont des chiffres qui se rapprochent de ce qui se fait de mieux en la matière. Si tel est le cas, on comprendra mieux le souci des responsables du CPMC de ne pas soumettre l'appareillage à une cadence trop rapide ! Mais les Algériens savent depuis qu'ils ont découvert qu'un ministre peut dire que les médicaments sont disponibles quand ils ne sont pas disponibles, depuis qu'on a découvert que les échéances d'une année ou plus pour une séance de radiothérapie ne sont pas une vue de l'esprit et le pire, depuis que des malades ont rejoint le ciel avec la feuille de rendez-vous sur leur table de chevet. laouarisliman@gmail.com Par Slimane Laouari |