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Point net Les banques ne financent pas mais donnent de l'argent
En acceptant de rééchelonner près de deux cent milliards de dinars de leurs créances auprès des entreprises, les banques publiques consentent donc à les «accompagner» dans leur mise à niveau financière. Une décision qui semble satisfaire les... banquiers !
C'est en effet le président de l'Association des banques et établissements financiers Djamel Bessaâ qui en a parlé avec une évidente fierté. Le plus surprenant dans cette histoire est sans doute de voir que des banquiers peuvent finalement «perdre» entre 30 et 35 milliards de dinars et quand même jubiler. Et ce n'est pas fini, puisque ce chiffre ne représente que ce qu'a coûté l'opération en termes d'agios abandonnés depuis son début, après la «tripartite économique» tenue fin mai 2011 entre le gouvernement, le patronat et l'UGTA. Comme l'«opération» est loin d'être terminée, on imagine la facture globale, une fois l'opération parvenue à son terme. Une échéance qui signifie tout simplement le moment où les banques se décideront de nouveau à... retrouver leur vocation et aux banquiers de... refaire leur métier ! Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit. En rééchelonnant la dette des entreprises, les banques n'ont fait que réaliser une version «soft» et techniquement enrobée de l'annulation de la dette des agriculteurs et, toutes proportions gardées, des crédits... sociaux présentés dans les oripeaux de l'entreprise comme c'est le cas de l'ANSEJ ! Ainsi, les banques algériennes empruntent les sentiers tranquilles de l'économie algérienne : l'Etat «thésaurise» tellement qu'il ne sait plus quoi faire de son argent, avant d'en arriver aux opérations les plus... généreuses ! Mais comme on attend autre chose que de la générosité des décideurs économiques... Et c’est ce genre d'«initiatives» qui se multiplient pour plusieurs raisons. L'incompétence qui ferme toutes les portes devant l'imagination, la frilosité qui exclut l'audace ou le risque, l'injonction politique qui interdit... l'initiative et enfin la corruption qui impose d'autres terrains de prospérité que ceux de l'effort, économiquement structurant et socialement utile. L'équation semble désormais entendue : il n'est pas question d'engager les banques comme partenaires dans les projets d'investissement mais les banques peuvent donner de l'argent ! Donner de l'argent à condition que sa responsabilité ne soit en rien engagée. Parce que dans ce cas, on exigerait de leurs dirigeants ce dont ils ne veulent pas entendre parler : du savoir-faire et du courage ! Mais pourquoi prendre des risques «inutiles " quand ceux qui vous nomment ne vous le demandent pas ? Pourquoi consentir l'effort quand la léthargie paye ? On est incapable de donner une formation et un emploi ? On donne de l'argent, quitte à ce que ça ne serve ni à l'un ni à l'autre. On ne veut pas de vraies banques qui accompagnent l'investissement utile et le développement ? On en crée des ersatz capables de... donner de l'argent n'importe quand. Il fallait voir avec quel enthousiasme, et surtout en quels termes, le représentant des banquiers a tenu à nous rassurer : «Ce n'est pas de l'argent public», a-t-il -dit, en parlant des agios auxquels les banques ont renoncé au profit des entreprises ainsi «accompagnées dans leur développement comme dans leur mise à niveau financière» ! Et puisqu'il a insisté pour nous rassurer, on aura surtout remarqué dans le ton comme dans le propos, qu'à l'évidence, M. Bessaâ parle de cet argent comme s'il parlait d'un trésor déjà dilapidé ! Ou tout au mieux parié dans un jeu incertain ! Puis nous rappeler ceci, à son corps défendant : l'argent public ne peut pas faire l'objet de l'initiative audacieuse. Encore moins de risque économique. Mais cela, on le savait déjà. laouarisliman@gmail.com Slimane Laouari |