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30-10-2012
Point Net
Insécurité ordinaire ?

On ne connaît pas encore les motivations de ceux qui ont assassiné le jeune Aghilès Hadjou, mais seuls ses parents et la justice doivent y tenir. D'abord parce qu'il est rare qu'il y ait de «bonnes» raisons de tuer, ensuite parce qu'à moins d'être particulièrement avide de détails morbides, il y aura très peu de monde pour se poser la question. 

Surtout que pour tout le monde, il est difficile de trouver, ni même de chercher, la moindre consolation qui puisse atténuer la douleur, voire conjurer l'horreur. Il est maintenant établi que dans cette région de Kabylie où les ateliers à usiner les malheurs ne tombent jamais en panne, le rapt, le brigandage et pire que tout,  le crime, ont trouvé leur «couverture» idéale.

Désormais, les kidnappeurs, les brigands et les tueurs n'ont même plus besoin de faire d'efforts et d'inventer des subterfuges pour mettre les services de sécurité sur la piste du terrorisme et enrober leurs actes : on le fera systématiquement pour eux ! Le problème est que les terroristes sont toujours une réalité quotidienne de cette région. Ils tuent, ils rackettent et ils enlèvent !

Avant, il était courant d'entendre dire que les terroristes «ont bon dos», la tendance n'est pas loin de s'inverser. D'abord du fait que l'insécurité «ordinaire», avec son lot de faits est maintenant une véritable horreur de tous les jours, ensuite du fait que tous ceux qui, politiquement, persévèrent dans le dédouanement du terrorisme intégriste ne voient aucune raison d'y renoncer, avec autant d'eau à leur moulin. 

Quand en 2007 la police avait arrêté à Ouaguenoun un groupe de bandits qui avaient volé, quelques jours auparavant, un bus dans le village de Tarihant, tout le monde avait compris : non seulement le vol était trop osé pour être un larcin ordinaire, mais dans la foulée, il a été révélé que la «spécialité» de ce groupe était...

les faux barrages ! Bien évidemment, les réactions de ceux qui rient en coin à chaque fois qu'ils entendent parler de terrorisme ont été «spontanées». Ils ont encore gloussé, à la manière de «la vieille qui a attrapé le voleur», pour reprendre la bonne vieille formule algéroise. Pourtant, le groupe de malfrats n'était pas le premier, ni le seul à avoir investi le «créneau». En pionniers, les terroristes avaient «rouvert» la voie d'une vieille pratique, celle des «coupeurs de routes», remise au goût du jour. Depuis, leurs émules ont essaimé en Kabylie. 

De leurs «techniques», ils ont fait un mode opératoire, de la terreur un moyen infaillible de prospérer. C'est facile, peu risqué et ça rapporte toujours gros. Il n'y a pas plus simple qu'un tronc d'arbre dressé sur un chemin de village. Des armes vraies ou bricolées feront le reste sur de pauvres citoyens toujours heureux de s'en sortir à si bon compte en vidant leurs poches. Lâches et vils, les «faux terroristes» useront de la terreur inspirée par d'autres lâches pour s'emparer de la bourse des leurs. Puis vinrent les enlèvements.

Là aussi, les brigands ne laisseront pas... le terrain à leurs inspirateurs. En fait, quand on emprunte à un guerrier islamiste sa cagoule et ses méthodes, rien ne  sépare plus le brigandage par la terreur du projet politique. Mais les brigands ne doivent tout de même pas se poser ce genre de questions.  Surtout que dans les faits, ils  allègent le bilan de ceux qui le portent et relancent un «débat» censé être clos.

Il reste l'autre débat, qui n'a jamais été ouvert. Celui de la sécurité en Kabylie, avec ses faux barrages et ses faux faux barrages, ses vrais terroristes et leurs démembrements. On l'aura remarqué, les assassins du jeune Aghilès n'ont même pas essayé de masquer leur acte criminel, on l'a fait pour eux. Mais il y a toujours eu pire : dédouaner de leurs crimes ceux qui les revendiquent. Ceux-là aussi n'ont pas attendu que l'identité des petits malfrats arrêtés à Ouaguenoun soit connue et que l'assassinat du jeune d'Azzeffoun se révèle dans sa vraie nature, pour douter. Et pas seulement douter, souvent.

laouarisliman@gmail.com

 
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