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31-10-2012
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L'hommage des humbles à un humble

Il y a dix-huit ans, Lounès Djabellah était lâchement assassiné dans la cité Bachdjarah où il habitait. Pour des raisons évidentes, très peu de gens connaissaient  Lounès, mais ceux qui lui ont ôté la vie savaient qui il était. ça aurait été le comble d'aller chercher dans l'identité des auteurs d'un crime barbare les mérites et les qualités d'un homme, mais tout le monde sait que les terroristes intégristes ne se trompent jamais d'ennemis, encore moins de cibles. 

Et leur cible, ce jour-là, était de ceux qui ont voué leur vie à dessiner une trajectoire aux antipodes des ténèbres qu'ils promettaient à l'Algérie. Ce n'est pas parce que Lounès était un humble qu'il ne contrecarrait pas leur projet. Ils le savaient et ils l'ont tué.

Ils savaient que Lounès ne leur cédera pas le moindre pan de ce pays dont il a esquissé des horizons fleuris quand eux projetaient d'en faire une terre calcinée.

Lounès  a ricané sous sa moustache couleur de miel face à la menace. Il a souri de ses yeux agaçants de générosité quand les sirènes du renoncement ont commencé à tambouriner aux portes de la résistance. Pourtant, quand la bête immonde a commencé à frapper,

Lounès revenait laborieusement de sa plus douloureuse désillusion. Toute sa vie, il l'a passée à construire un monde de rêves, le monde s'est dérobé sous ses pieds. Et il n'entrevoyait pas d'autre sentier que celui qu'il avait emprunté à l'âge où dans son entourage, tous ceux de son âge squattaient encore les aires de l'insouciance.

Oui, Lounès était communiste et il aurait pu se dire, quand la planète a tremblé, que le doute était peut-être permis. Il n'a pas douté. Jusqu'à se faire violence. En s'accrochant à un idéal dont il savait l'incertitude. En couvant les pires douleurs. Celle des longues  et ineffables amitiés désormais compromises, celle des déchirements irréparables.  Et par-dessus tout, celles d'un avenir à réinventer dans la solitude du fauve blessé. 

Lounès n'a pourtant pas déserté l'espoir, il ruminait seulement quelques aigreurs à l'endroit de quelques compagnons de combat avec qui il savait partager l'essentiel.

Quand viendront les hivers les plus froids, il savait quelle chaumière partager et avec qui se mettre sous la même couverture pour avoir moins froid. Il savait surtout le péril qui guettait la demeure dans le sillage d'une folie meurtrière dont il connaissait parfaitement et les promoteurs et la perspective. Pour avoir vaillamment combattu leurs desseins quand l'air du temps flirtait avec la complaisance criminelle, pour avoir renoncé dignement aux privilèges harcelant sa ténacité, pour avoir été un militant de conviction et un homme de valeur.

Du PAGS, il a connu les affres de la clandestinité, du combat des jeunes et des étudiants, il a pris les tâches les plus ingrates, de l'ouverture politique, il lui est resté le sentiment d'avoir trop rêvé.  Lounès a été tué pour l'ensemble de son œuvre. De son parcours professionnel en entreprise publique, il nous laisse le souvenir d'un cadre dévoué, de son passage à la sécurité sociale, celui d'un homme attentif aux souffrances des humbles, de l'administration d'Algérie Républicain les regrets d'une monumentale incompréhension.

Un homme mort est celui dont on ne parle plus, et Djabellah  Lounès n'est pas mort dans nos mémoires, dit le texte d'annonce de l'hommage qui lui sera rendu  samedi. Certainement, mais parle-t-on assez de Lounès et de tous les humbles qui, comme lui, sont morts pour que la vie demeure ?  

laouarisliman@gmail.com

 
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