| 23-01-2012 | |
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Point net Je te donne l’officiel, mon frère Il faisait beau, le bateau est en bon état et les pêcheurs de vieux loups de mer, qui en ont vu tellement d'autres qu'ils ne peuvent pas succomber dans ces conditions.» Tout le monde les «connaît», ces pêcheurs, depuis qu'ils ont disparu en mer. A Ténès et son ample périphérie, c'est évident, mais plus loin depuis la matinée du 30 décembre. Depuis qu'ils ne sont pas rentrés alors qu'ils devaient le faire au petit matin. «Il paraît que dans le premier corps retrouvé, on a trouvé des balles. On savait qu'il ne pouvait pas s'agir d'un naufrage. Il ne pleuvait pas, il ne ventait pas et ces hommes sont des as de la grand bleue.» De Ténès jusqu'à Cherchell, tout le monde connaît quelqu'un à qui quelqu'un de la Protection civile, de la gendarmerie ou de la morgue a «donné l'officiel». Il ne faut surtout pas écouter les journaux et les radios. Encore moins la télé. «Que des mensonges, mon frère, je te donne l'officiel, cette affaire est très louche. Mais nous, on sait tout, parce qu'on connaît la musique.» Un mois sans retrouver, dans un mouchoir de poche, une épave et quatre corps de pêcheurs morts en pêchant la crevette, c'est la faute aux secouristes, aux chercheurs, aux journaux, à la radio ou à la télé ?» «C'est la faute à tout le monde, mon frère, c'est officiel.» «Prétendre que raïs Ali Boumediène, le champion des raïs de Ténès, cinquante ans, dont trente-deux sur les chalutiers, ce n'est pas se foutre de la gueule du monde, mon frère ?» Il paraît que c'est lui qui a procédé à tous les essais après la réparation de la coque et du moteur récemment. «Je connais bien Ali, on a grandi ensemble, mon frère. Je le connais comme ma poche et lui, il connaît la mer mieux que sa poche. Il doit être encore dans sa cabine, il n'est pas le genre à quitter un navire qui coule ou fuir un autre danger, mon frère, je te donne l'officiel.» On a retrouvé quatre corps et enfin l'épave. Il reste quatre autres corps et des gens à convaincre qu'ils n'avaient pas «l'officiel». Difficile, un mois après de laborieuses recherches dans un mouchoir de poche. Difficile quand on sait que huit pêcheurs de crevettes peuvent périr à un saut de la terre ferme sans que personne n'ait été à leur secours. Mais partir à leur secours est déjà trop demander depuis longtemps. Très vite retrouver leurs corps et l'épave était déjà «quelque chose»... laouarisliman@gmail.com |