| 19-02-2012 | |
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3 semaines après la tempête de neige Ath Ziki tente de panser ses blessures En nous rendant, vendredi dernier à Ath Ziki, une localité de haute montagne perchée à quelque 1600 mètres d'altitude, nous avons pu constater que rien n'est encore réglé. Le retour du beau temps, même s'il a permis aux populations, «assignées à résidence» pendant des jours de se ravitailler en gaz et en denrées alimentaires, n'a pas mis fin à la souffrance des citoyens. C'est comme si on se réveillait d'un long cauchemar qui n'a pas encore révélé tous ses secrets. Sur la route, des enfants qui ne sont pas allés à l'école depuis plusieurs jours proposent des grives aux automobilistes. Entre 50 et 100 DA la pièce. Tout dépend, si elle est vivante ou morte. Au fil des kilomètres, la voiture commence à baisser de régime en entamant la montée vers Bouzeguène. A Ighil Tizi n'Boa, la route commence à se rétrécir. La couleur blanche écarlate de la poudreuse domine tout. La route déroule ses lacets et se rétrécit de plus en plus. Les croisements commencent à devenir difficiles. A Bouzeguène-ville, le ton est tout autre. La ville est comme sous l'effet de la gueule de bois. La majorité des commerces demeurent toujours fermés. Un camion décharge des bacs pleins de sachets de lait : c'est la délivrance ! Une case essaie tant bien que mal de débarrasser les montagnes de neige qui bloquent quasiment tout. Des véhicules, des garages, des portes d'entrée de maisons qu'on ne peut atteindre que par des couloirs creusés dans la neige s'offrent à la vue. On avance toujours à un rythme plus lent encore. A Partir du village Houra qui se trouve aux limites des deux communes de Bouzeguène et d'Ath Ziki, c'est un autre monde. La température chute brusquement. Elle continue à baisser au fur et à mesure que l’on monte vers les cimes d'Ath Ziki. Un paysage alpin s'offre au regard. Une carte de visite à faire perdre leur muse aux poètes. Juba, notre accompagnateur, prend la parole : «ce que vous voyez là n'est rien. En haut, vous pourriez mesurer l'étendue de la catastrophe. A quelques kilomètres d'Iguer Mehdi, ou Tizi, chef-lieu de la commune, on croise la voiture du maire. Ouahsen, le chauffeur, originaire de la région, lui fait signe de s'arrêter. On rencontre un homme visiblement affaibli par l'épreuve. Entre deux «montagnes de neige», où l'on peut facilement distinguer des traces de porcs-épics, on échange quelques propos. Le maire ne voulait pas parler. Non pas par manque de volonté de communiquer, mais surtout parce qu'il est éprouvé. Le 10 février dernier, il a même eu un malaise. On réussit tout de même à lui arracher quelques propos : «aujourd'hui, nous respirons. La population est ravitaillée en gaz et en denrées alimentaires. Au début, personne n'est venu à notre aide. Nous avons juste compté sur nous- mêmes. Ces derniers jours, nous avons reçu des aides alimentaires, des couvertures, des vêtements, etc., notamment des habitants de Tizi Bouchène (Azazga), de Tala Amara, de l'association de la mosquée Cheikh Saïd Ath Vouyaâla, de la nouvelle ville de Tizi Ouzou, de la mosquée Cherfioui de Tizi Ouzou et bien d'autres encore», nous dira M. Meziane Amara. Les habitants se rassemblent. Sur leurs visages, se lit la fatigue. Les traits tirés, ils essaient tant bien que mal de retrouver le sourire. On demande à voir le CEM qui vient de s'écrouler. Il est là-haut, au somment de la montagne. Le reflet scintillant de la neige vous empêche de lever la tête. «N'essayez surtout pas d'aller là-haut. C'est extrêmement dangereux. Y a des risques d'avalanches», nous avertit une personne d'un certain âge. A son tour, Boualem A., habitant le village Iguer Amrane nous dira d'un air plutôt déconcerté : «dites bien que durant les premiers jours de la tempête qui étaient extrêmement difficiles, nous avons été royalement ignorés. Personne n'a cherché après nous. C'est grâce à la solidarité villageoise que nous avons survécu». On continue notre chemin vers le village Iguer Amrane. Devant, une case part à l'assaut des neiges suivie par un une camionnette chargée de gasoil. Au village, le spectacle est ahurissant. Difficile d'accéder aux maisons. Les habitants ont creusé des sortes de «couloirs». De vieilles maisons kabyles tiennent fièrement. C'est un miracle qu'elles ne se soient pas écroulées, rajoute Boualem, qui n'a pas hésité à nous monter par la même occasion la maisonnette où il est né, il y a plus de 50 ans. Un peu plus haut, au village Taourirt Bwar, M. Lahlou, âgé de 58 ans, nous racontera l'enfer des premiers jours. Son récit est époustouflant. «Je n'ai jamais vu ça. Même les personnes âgées du village n'ont pas souvenir de ça. Les premiers jours, nous avons eu peur. Nous n'avions rien : ni gaz, ni routes, ni pain etc. Ensuite, nous avons compris que nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes. Grâce d'ailleurs à la solidarité, nous avons réussi à évacuer avec des 4x4 de simples citoyens, deux femmes enceintes du village Berqis», ajoute Lahlou avant d'enchaîner. «Regardez l'école ! Impossible d'y accéder. Mêmes les pigeons sont morts. Nous avons compté environ 150 pigeons morts de froid». Un peu plus haut que le village, la route qui mène vers le col de Chellata et Akbou, dans la wilaya de Béjaïa, le bulldozer a dû faire demi-tour. Il n'arrive plus à avancer. La route est un immense tapis blanc. Ath Ziki revient de loin. Aujourd'hui, il reste encore 1,20m de neige environ. On essaie de panser les blessures. La fonte des neiges mettra à nu d'autres dégâts. B. B. |