27-04-2012
Sofiane Djillali, président de Jil Jadid, à propos des législatives :
«C'est un changement de façade visant un retour à 1999»

Djillali Sofiane, président de Jil Jadid, est favorable à un changement  fondamental  qui toucherait  «les hommes» et «le système de gouvernance». «Je suis pour un changement total, à commencer par le président de la République», a-t-il dit lors de son passage à l'émission «Sans parti pris» de Dzair Web TV.

«J'ose croire et espérer que le président de la République a compris, et l'a même signifié, que la génération qu'il représente est totalement en déconnexion par rapport au reste du pays. Ces gens ne sont plus une solution, mais, bien au contraire, ils sont le problème de ce pays. Ces dirigeants doivent tirer les conséquences de cette situation et s'en aller dignement. J'espère que ça va se faire bientôt, que d'ici 2014, ce régime sera prêt à partir», a-t-il ajouté.

Le président de Jil Jadid, nouvellement agréé, doute de l'existence d'une réelle volonté d'opérer ce changement. «Le régime ne veut pas partir», a-t-il dit, soulignant que «l'ouverture politique et médiatique constatée ces derniers temps lui a été imposée dans le cadre des changements survenus au niveau régional. Il l'a initié parce qu'il n'avait pas le choix, parce qu'il est acculé, il a lâché.

Etant donné que l'Algérie ne pouvait pas rester isolée, le régime en place a été obligé de s'adapter et de se développer, mais en ayant toujours en tête qu'il continue d'exister», a-t-il précisé. L'absence de la volonté de changement a été visible, selon lui, dans le retard flagrant accusé dans l'ouverture du champ politique par rapport aux échéances électorales. «Le régime voulait retarder au maximum, en donnant un semblant de bonne volonté, pour pouvoir persister dans le même système le plus longtemps possible», dira-t-il avant d’ajouter :

 «D'ailleurs, je doute que les 23 partis soient construits sur une base militante.» Pour M. Djillali, les réformes politiques engagées «sur une pression ont abouti à un changement de façade visant un retour à 1999». «C'est un retour à la case départ», a-t-il poursuivi. «En réalité, nous sommes revenus à 1999. Nous avons passé 13 ans dans l'impasse et on s'est rendu compte qu'on ne pouvait plus persister dans l'erreur», a-t-il constaté.

Ces réformes ont, selon lui, introduit «quelques aménagements techniques qui n'ont aucun sens politique». «Il n'y a aucune différence entre un parti qui s'était constitué en 1999 ou en 2012», a-t-il affirmé. Il estime que la prochaine Assemblée doit se pencher sur la révision constitutionnelle pour rétablir le principe de la limitation des mandats.  «ça a été une erreur de supprimer la limitation des mandats», a-t-il dit.

«C'est cela la véritable perte de substance, de la démocratie  et des capacités d'alternance.» «Un pouvoir qui se stabilise sans limite dans le temps finit par se scléroser et se constitue autour de lui un entourage qui, au bout d'un certain temps, ne peut plus rien apporter. Par ailleurs, cette fonction de président nécessite beaucoup d'énergie, d'efforts et de présence, et je ne crois pas qu'humainement parlant qu'il soit possible de fonctionner au-delà d'un certain âge avec ce rythme-là.»

 Les élections législatives du 10 mai prochain ne sont pas «un objectif stratégique» pour Jil Jadid qui estime qu'il n'y a pas de garanties suffisantes pour la transparence et l'honnêteté de ce scrutin. «Les garanties écrites, légales, relevant de la loi, de la réglementation, ou des dispositions techniques ne peuvent être véritablement respectées que lorsqu'il y a une volonté politique pour aller vers le changement.

 Or, ce pouvoir va au changement en reculant, s'il y a une pression, il cède, sinon il campe sur ses positions», a-t-il relevé. Il a évoqué la crise de confiance entre le citoyen et d'Etat. «Le pouvoir a créé une forme d'animosité qui se propage dans le pays à travers la surconsommation de la symbolique de la Révolution. Aujourd'hui, il ne reste plus rien du tout de cette symbolique. On assiste à une perte de sentiment national aggravé par l'affaissement moral généralisé. C'est de là que vient le grand danger», dira-t-il.

Bourihane Nouria