15-06-2012
Point Net
L'Alliance se met au vert

L'Alliance verte a d'abord essayé d'investir la rue sans y appeler expressément. De la constitution du «parlement populaire», initié dans la foulée des résultats des législatives que ce groupe conteste avec véhémence, il était difficile de comprendre autre chose. 

Mais comme tout le monde l'aura constaté, le moins qu'on puisse dire est que ça n'a pas marché. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons, dont la plus évidente est que l'appel implicite à la dissidence a des relents de déjà entendu. Une sorte de scénario publiquement programmé ou, pour puiser dans le jargon branché des footballeurs, une espèce de «passe téléphonée». On se souvient de la menace : il n'y a aucune raison pour que les islamistes gagnent en Egypte, au Maroc et en Tunisie et échouent en Algérie. Et si tel est le cas, c'est forcément la fraude.

Il fallait donc prendre les devants pour en faire porter la responsabilité à qui on sait. La suite n'avait peut-être pas besoin d'être dite. Mais les islamistes de l'Alliance verte avaient oublié une chose, les conditions générales d'une banqueroute électorale de cette ampleur sont aussi celles qui font que leurs velléités insurrectionnelles ont très peu de chances d'être entendues en dehors de leurs états-majors.

Et ils n'ont pas gagné, les islamistes algériens, et le parlement populaire a été un flop au point de ne même pas faire l'unanimité dans leurs rangs, et beaucoup de leurs députés fraîchement élus étaient plus enthousiasmés à siéger à l'intérieur de l'hémicycle qu'à assiéger le parvis du boulevard Zighoud-Youcef !

On n'était déjà plus dans le fantasme de contestation populaire qui battrait le pavé pour la restitution d'une victoire électorale confisquée. Mais on peut tout reprocher aux islamistes algériens sauf de perdre le sens des réalités au point de ne pas savoir composer avec la… réalité du moment ! Les voilà donc revenus de leurs illusions, si tant est qu'ils s'en sont fait. Revenus aussi à l'art du possible, puisqu'ils en sont maintenant aux «propositions».

Ils ont bien sûr tiré leur baroud d'honneur en boycottant les structures de l'Assemblée nationale que sont la vice-présidence et les différentes commissions. En faisant porter maintenant la responsabilité de leur dissidence parlementaire aux «couleurs politiques qui dominent cette institution» ! Admirons la parfaite cohérence de l'alliance verte qui trouve toujours que cette Assemblée «manque de légitimité», certainement de par la composante de sa majorité, mais compte tout de même «peser de tout son poids» et formuler un certain nombre de propositions «afin de lui rendre son lustre d'antan» !

On peut comprendre que les propos étant du leader du MSP Bouguerra Soltani, on regrette déjà les temps bénis de l'Alliance présidentielle où on était de l'autre côté de la barrière, mais on comprend moins qu'il fasse cette déclaration au nom de tous les autres. Surtout que ces mêmes propos traduisent plus un compromis interne au MSP revenu de ses «folies» qu'un consensus d'alliés dans l'opposition à la majorité.

Quand on sait que cette majorité «manque de légitimité», on se perd carrément, mais l'Alliance verte et ceux qui la composent ne nous ont pas vraiment habitués à être des exemples de rationalité. Voyons donc ces propositions susceptibles de «rendre à l'Assemblée son lustre d'antan».

Et la boucle sera bouclée, parce que c'est à la majorité qui manque de légitimité, à ceux qui doivent «assumer l'entière responsabilité» de l'enfer promis, à ceux à qui on abandonne les structures de l'Assemblée nationale, histoire de les «laisser à leur médiocrité», que l'Alliance verte compte faire ses «propositions» et en confier l'aboutissement.  Et quelles propositions ! 

Une commission d'enquête sur… le déroulement du scrutin, la crimininalisation du colonialisme - fonds de commerce cyclique du FLN -, une autre commission d'enquête sur le «niveau d'instruction des députés» et le régime indemnitaire des députés ! Décidément…

laouarisliman@gmail.com