03-08-2012
Point Net
ça va la santé

La pénurie de médicaments nous rappelle tous les jours que Dieu fait, avec un niveau de… douleur à la «hauteur» de la gabegie qui caractérise notre système de santé publique, que la vie des Algériens «normaux» n'est pas vraiment une préoccupation majeure pour ceux qui ont la responsabilité d’en prendre… soin, sans jeu de mots, qui serait franchement mal venue en la circonstance.

Cela fait longtemps qu'on savait la santé malade, on découvre maintenant qu'elle agonise. Peut-être qu'on n'a pas besoin d'autre preuve de sa «performance» que le fait qu'aucun Algérien qui en a les «moyens» ne se soigne pas en Algérie, mais on a fini maintenant par trouver «normal» qu'il y ait deux Algéries, y compris pour les besoins vitaux.

La chose est désormais tellement banale qu'on ne prend même plus la peine de s'en cacher. Mieux – ou pire, c'est selon la posture de celui qui en parle –  «être en déplacement à l'étranger» pour des soins, pour un contrôle médical et depuis quelque temps simplement pour renouveler sa boîte à pharmacie est devenu une raison incontestable. Une raison valable pour expliquer une absence coupable, valable pour expliquer une incurie de gestion et tant qu'à faire constituer un alibi criminel !

Il n'est plus question d'indécence quand on vante à tout-va la réussite du pays en matière d'acquis sociaux et prendre l'avion au premier coup de rhume hivernal, c'est même recommandé, que tout le monde le sache. Pour un ministre, un haut fonctionnaire, un officier supérieur et tous les «ayants droit», aller soulager un mal de gorge ou une otite à coups d'euros de la sécurité sociale ou d’un autre «moyen de paiement» est depuis bien longtemps plus «compréhensible» que rendre visite à sa tante dans une ville de l'intérieur du pays. On le fait donc savoir, des fois que quelqu'un se poserait la question.

Mais plus personne ne parle de ça maintenant. C'est connu, il faut pousser quelqu'un jusqu'au désespoir pour qu'il en arrive à regretter son état de détresse comme un paradis perdu. Les hôpitaux sont en piteux état, les urgences médicales catastrophiques et les rendez-vous pour les consultations fixés dans les cimetières ? Attendez, vous n'avez encore rien vu : il n'y a plus de médicaments dans les pharmacies !

Cela a commencé par l'insuline, on a promis aux diabétiques… d'en produire. Comme on ne pouvait pas s'arrêter en si bon chemin, on a même promis d'en… exporter ! Puis est arrivé le «tour» des médicaments pour cancéreux. Ceux parmi les malades qui ont eu la chance miraculeuse de survivre aux rendez-vous de six mois vont vite déchanté quand l'échéance arrive à son terme : il n'y a que les murs et la bienveillance de quelques médecins pour adoucir leur douleur, en attendant une mort inévitable. Puis les vaccins pour bébés. Un véritable conte de fées.

Le ministre dit que les vaccins sont disponibles et… il n'y a pas de vaccins ! Et maintenant la «totale». Il fallait bien en arriver là, puisque tous les chemins promettaient d'y mener. Et M. Ould Abbas ne donne aucune impression de changer une «politique» qui a fait ses preuves. Il n'y a pas de médicaments dans les hôpitaux et les pharmacies ?

Le ministre de la Santé nous «rassure» : les importateurs recevront en… septembre le programme d'importation pour l'année… 2013 ! Et qu'il prendra des mesures d'assainissement du marché «qui vont certainement toucher les intérêts de certains».  En attendant que «ceux qui ne respectent pas les délais d'importation et compromettent la vie des malades» voient leurs «intérêts touchés», il n'y a manifestement rien à faire pour tous ceux dont «la vie est compromise». Enthousiasmant, comme programme.

Et comme les vaccins pour bébés, il nous «informe» cette fois-ci que les médicaments sont là et qu'il y a juste «un problème de dysfonctionnement dans la distribution et le stockage».  C'est vrai que mourir d’une histoire de dysfonctionnement, c'est moins grave que mourir d'un problème de pénurie de médicaments. On ne le savait pas, c'est tout. On l'a appris mardi par une chaude matinée de Ramadhan à l'hôpital  Drid- Hocine où M. Ould Abbas inaugurait un service de pédopsychiatrie.

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