| 31-10-2012 | |
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Tlemcen De la guerre de Libération à l'indépendance De par sa position géographique, à la frontière du Maroc, Tlemcen a joué un rôle stratégique multiforme et multifonctionnel dans la configuration de la Wilaya V historique, dont elle faisait partie, dirigée par le valeureux Larbi Ben M’hidi qui a fait de cette wilaya le fer de lance de la révolution armée avant que soit installée en territoire marocain la «base Ben M’hidi» de l'ALN qui servait de base d'entraînement des nouvelles recrues de l'ALN, de PC de commandement et direction des opérations, de repli, de soins des blessés, mais surtout d'approvisionnement en armes et munitions des unités de l'ALN opérant à l'intérieur de tout le territoire national. Après le congrès de la Soummam, le 20 août 1956, Ben M’hidi rentre au CCE et son adjoint, Mohamed Boussouf, prend le commandement de la Wilaya V qu'il réorganisa. Il s'appuya essentiellement sur la base arrière du Maroc, celle de Ben M’hidi, dans sa nouvelle stratégie et créa plusieurs camps d'entraînement dont les camps de Tétouan, de Figuig, de Nador, de Larache et dans la région de Oujda, tous situés le long de la bande frontalière ainsi que des bases secrètes de fabrication d'armes légères et lourdes à Sidi Slimane, près de Kenitra, au Maroc. Ce qui va mener Tlemcen et sa région à jouer un rôle déterminant et vital dans la stratégie adoptée par Boussouf et son état-major. Elle servira de poste avancé pour les combats au maquis et la guérilla urbaine «Fida» et de relais et transit d'hommes et d'armes pour alimenter les autres wilayas du pays. La lutte s'intensifia au maquis de toutes les régions de la wilaya et les Lotfi, Faradj, Bouzidi dit Ogb Lil, Bekhti dit Nehru, Khedim dit le Major, Djaber et tant d'autres valeureux hommes, avec leurs troupes, enregistraient d'éclatants succès sur les troupes coloniales après leur avoir causé des pertes considérables lors de batailles restées célèbres, comme celles de Filaoucene, El Gaor, Motass, Oued Zitoun, Sidi Djillali Beni-Snouss pour ne citer que celles-ci, bien qu'il y en ait eu d'autres à Sebdou, Ouled Mimoun, Bensekrane, Sidi Abdelli, Beni-Ouazzaine… Et en zone urbaine, les Benzerdjeb, Mehdad, Inal, Selka et tant d'autres jeunes multipliaient les actions contre les cibles sensibles de l'ennemi et contre les indicateurs et les collaborateurs afin de protéger la révolution de toute infiltration. La lutte s'organisa et plusieurs réseaux furent mis en place : réseau de passeurs d'hommes, d'armes, de relais pour cacher hommes et armes, de messagerie, de recrutement, de collecte d'argent, de moussabiline, de ravitaillement et soutien logistique et d'infirmeries clandestines pour soigner les blessés avant de les évacuer vers la base arrière. La femme tlemcenienne, à l'instar des autres femmes du pays, citadines ou rurales, a été d'un apport capital dans la lutte armée, au maquis comme au fida et montré des qualités de sacrifice et de sang froid, aussi bien dans le combat que l'exécution de missions périlleuses. Les djoundiate et les militantes transportaient des armes du maquis vers les villes pour permettre aux fidaïs de mener des actions. Elles dissimulaient les armes sous leurs amples voiles tlemceniens, «el haïk», les remettent aux exécutants de l'opération et les récupèrent après l'attentat. Ainsi, les Maliha Hamidou, Fatima Mechiche, qui épousa plus tard Mohamed Khemisti, Soumicha Baba Ahmed… et bien d'autres encore ont mené la vie dure à l'armée française. C'est ainsi que l'armée française a concentré ses efforts de guerre dans cette région en installant la ligne «Morice», une ligne électrifiée d'une tension de 30 000 volts, large de 60 mètres et bourrée de mines, le long de la frontière séparant l'Algérie du Maroc afin d'isoler la révolution de ses bases arrières en empêchant son approvisionnement en armes et munitions et de se concentrer à neutraliser les maquis et la guérilla dans la région de Tlemcen. La répression s'accentua, des arrestations arbitraires sont opérées, la torture est banalisée et dans les maquis l'aviation bombarde aveuglément forêts et villages causant des pertes considérables parmi les civils. On installe des camps d'internement un peu partout, on crée des SAS et des centres de torture dont les plus sinistres restent le centre de Saf-Saf et Zenâta appelés les DOP, détachement opérationnel de protection. Cet organe militaire de renseignement créé en 1956 et devenu opérationnel à partir de 1957, avait pour mission de démanteler les réseaux secrets du FLN. Il utilisait toutes les formes de tortures pour arracher des renseignements. Les éléments du DOP sillonnaient les camps d'internement et sélectionnaient leurs victimes pour les emmener au centre de Saf-Saf afin de leur faire subir les pires sévices. Devant cette situation, la majorité des personnes recherchées par le renseignement général ou par l'armée furent évacuées vers le maquis ou vers les bases au Maroc afin de les protéger et protéger les réseaux du FLN, du Fida et de l'ALN. Parallèlement, les éléments de l'ALN s'activaient pour former des démineurs pour pouvoir faire des brèches dans la ligne infernale de «Morice». Grâce à l'ingéniosité de nos combattants, fut mis en place le procédé des Bungalors, qui permettait d'isoler le courant électrique et distordre le fil barbelé pour créer un passage tout en rampant. Il sera fabriqué en série et acheminé vers des unités formées sur ce procédé qui se trouvait dans la région de Msirda, tout près de la frontière marocaine. C'est cette unité qui se chargea par la suite de faire passer armes et hommes le long de cette bande frontalière. Plusieurs y ont laissé leur vie, au début, en tentant de traverser cette ligne de la mort. Sa compétence et sa notoriété lui valurent une très grande estime parmi la population. Après le déclenchement de la révolution, il fut parmi les premiers de la ville à rejoindre le FLN et commença à structurer les militants dans des cellules. Il soignait aussi les blessés et acheminait de grandes quantités de médicaments vers les maquis de toute la région, malgré la surveillance dont faisaient l'objet toutes les pharmacies de la part de la police. Il se déplaçait de nuit pour soigner les moudjahidine et dans la journée, sans interrompre les consultations, il recevait les agents de liaison qui venaient prendre instruction et médicaments. Il se déplaça un 16 janvier 1956, en compagnie de deux militants, à Oran, à bord de son véhicule, une Volkswagen Goliath, où il achètera pour le compte du parti une Ronéo. Le retour se fera sans problème, les deux militants chargèrent l'appareil et prirent de nuit la direction de Sebdou. Le lendemain, le docteur fut arrêté par la police qui était aux faits de toute l'affaire. Il fut embarqué et emmené en direction de Sebdou. Arrivé au douar Ouled Halima, à quatre kilomètres de Sebdou, le docteur saute de la Jeep et tenta de fuir mais il est sauvagement mitraillé. Son assassinat secoua toute la population et déclencha de violentes manifestations qui allaient durer plusieurs jours. Tous les quartiers de la ville sont gagnés par l'agitation et les jeunes deviennent les maîtres de la rue. Le groupe d'action se composait entre autres de Mesli Mohamed, Mahmoud Abi-Ayad, Meziane Mohamed, Mourad Bendimered et Kazi-Tani. Alors que la fête battait son plein avec la fanfare, Mesli lance une grenade en direction du préfet qui sortira indemne de cet attentat qui causera la mort d'une personne et en blessera six personnes parmi les invités. Ils furent tous arrêtés. Elle rejoint le FLN en 1958 et devient agent de liaison, chargée du transport d'armes légères et grenades pour être désignée plus tard secrétaire de la cellule du parti de Sidi-Chaker, un quartier sur les hauteurs de Tlemcen, avant d'être chargée d'organiser les actions du fida en surveillant les patrouilles françaises et en recueillant toutes les informations. Après la mort de son père, sa maison familiale devint un abri pour les moudjahidine et un relais pour ceux qui transitaient du ou vers le Maroc, notamment les chefs de la révolution. Le 11 avril 1959, l'armée française, guidée par un indicateur, encercla la maison avant de l'investir. Elle fut reconnue par l'indicateur et emmenée dans une Jeep. En cours de route, elle avala le document qu'elle dissimulait sous son imperméable et tenta de fuir. Elle fut abattue par balle. Elle n'avait que 17 ans. Sidi-Tahar et Terny, procédant à de grandes opérations de fouille et d'arrestations. La situation devenait insoutenable pour les fidaï et les moudjahidine, à leur tête le commandant Djaber. Ils décidèrent de passer à l'action pour desserrer l'étau et mettre fin à la léthargie. Plusieurs opérations ont été menées simultanément à Riat El Hammar, au Tombeau du Rab, dans un bar de la rue de Sidi Bel Abbès, au bas de la Medersa visant le corps expéditionnaire sénégalais faisant plusieurs morts parmi eux… Une répression aveugle s'abattit alors sur la population, les soldats tiraient sur tout ce qui bougeait et la légion sénégalaise massacra des familles entières. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées lors de ces opérations et des centaines d'autres arrêtées, incarcérées et torturées. C'était une tuerie punitive. Mohamed Bouzidi, Ogb Lil ou l'aigle de la nuit Parmi elles, les plus meurtrières pour l'ennemi, celles du mont de Moutass et de Beni Bahdel où l'armée française a dû recourir à l'aviation pour sauver ce qui restait de ses troupes. Il fut blessé lors de cette bataille et évacué à Oujda pour des soins. Guéri, il reprit le maquis pour devenir l'ennemi numéro 1 de l'armée française. Il mourra le 20 septembre 1956 dans des conditions obscures. Sa dépouille fut réinhumée au cimetière El Alia d'Alger. Au maquis, il devient lieutenant du commandant Djaber, avant d'être nommé chef de section en raison de son intelligence et son sens de l'organisation. Il eut la responsabilité par la suite d'organiser tout le maquis et de structurer les réseaux du fida. Ce qui donna un nouvel élan à la lutte armée. Il fut chargé ensuite d'organiser le maquis du Sud en tant que chef de zone et avait dirigé lui-même les batailles, dont la plus retentissante, celle de djebel Amour, le 2 octobre 1956, où 1375 militaires français parmi eux 92 officiers trouvèrent la mort et un important lot d'armement récupéré. En mai 1957, il fut nommé colonel et désigné à la tête de la Wilaya V pour prendre ensuite part aux travaux du CNRA qui s'est tenu à Tripoli en 1959-60. Le 27 mai 1960, après un combat de plusieurs jours livré aux forces coloniales lors de la bataille de djebel Béchar, il tombe au champ d'honneur en même temps que son compagnon de lutte, le commandant Farradj, Mohamed Louadj de son vrai nom. C'était un brillant élève, très doué même, qui s'est fait vite remarqué dans son voisinage et son entourage. Un jour de 1956, Zaoui Abdelkrim, détenteur d'un commerce de gros, chez qui se rencontraient tous les responsables du FLN et de l'ALN, le signala à ces derniers et c'est Zaoui lui-même qui l'emmena le lendemain au commandement de l'ALN où il fut engagé et emmené au maquis. Lors d'une inspection des zones, Boumediene le remarqua et l'engagea comme son lieutenant pour son intelligence sur le terrain du combat, remarqué par ses supérieurs hiérarchiques. Je fus affecté à la base de Kebdana, à Nador, et je n'ai rencontré Bouteflika de nouveau qu'en 1958, en compagnie de Lotfi, durant la période où j'enseignais à la base Zghen-Ghen. Sur ordre de Boumediene, en 1959, je rejoins le siège du GPRA à la villa du 14, rue Parmentier Belvédère de Tunis, qui était aussi le siège du ministère du MALG dirigé par Boussouf avec comme chef de cabinet Laroussi Khalifa, à l'époque ingénieur agronome et qui travaillait dans son bureau avec Djamel Kasri dit «Nehru», l'ex-mari de Warda El Djazaïria. Bouteflika est venu chez moi au MALG et en 1960, il fut affecté au front du Sud, à la frontière du Mali, afin d'organiser la résistance et la lutte dans ces régions sahariennes. C'est là qu'il fut surnommé «Abdelkader El Mali». Je ne l'ai revu qu'à la fin 1961, il était un peu malade et a été soigné à l'infirmerie de la base Ghardimaou de l'ALN, en Tunisie». Mais les moudjahidine étaient bien protégés dans leurs fortifications préparées à l'avance suite aux informations reçues à temps par les agents de liaison. La progression des soldats français butait à chaque fois sur la forte résistance des combattants et l'étau se resserrait chaque heure autour de leurs positions, au point où ils se sont retrouvés encerclés de tous les côtés. Commença alors le combat de face et même de corps à corps, comme en témoignent des moudjahidine qui ont participé à cette bataille et qui ont été faits prisonniers. Le bilan de cette bataille : 700 morts et 400 blessés parmi les soldats français et 106 martyrs et 60 blessés parmi les moudjahidine. Après l'indépendance et jusqu'à la date de février 2001, le nombre de victimes des mines de la ligne Morice a atteint 358 dont 150 morts, soit 26% du nombre global national des victimes des lignes Challe et Morice. Ces lignes de la mort continuent à ce jour de causer des victimes parmi les populations éparses et frontalières. Soufi Berrezallah |