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AVEC la succession infernale des attentats terroristes de cesderniers mois en Europe, il faut bien se rendre à l'évidence, les criminels peuvent frapper où ils veulent et quand ils veulent. Le risque zéro n'existe plus, malgré les dispositifs de veille mis en place et les moyens sophistiqués mobilisés pour faire face à la menace. A Bruxelles, à Nice et à Munich, on n'a rien pu faire pour éviter le bain de sang. C'est que le terrorisme conventionnel – si l'on ose l'expression – a changé de visage et de méthodes.

Point de voitures piégées ni d'explosifs placés dans un édifice. Ces modus operandi ne font plus recette chez les semeurs de mort qui s'adaptent face à la prise de conscience en Europe. A Nice et à Munich, les tueurs ont surpris tout le monde. Nul ne s'attendait, en effet, à ce qu'un illuminé fonce à bord d'un camion gros tonnage sur la Promenade des Anglais pour écraser tout sur son passage. Le procédé est tout simplement dingue… horrible.

Mais c'est précisément cela l'essence même du terrorisme : installer la terreur. En Allemagne, le mode opératoire semble plus ou moins classique. Ce qui l'est moins, c'est le fait que la «bombe humaine» est un garçon de 18 ans. La nébuleuse Daech peut toujours s'empresser de revendiquer cet attentat, comme elle avait fait pour celui de Nice. Mais, contrairement aux experts français qui succombent assez facilement aux raccourcis que leur offre l'organisation terroriste, leurs homologues allemands hésitent à tirer des conclusions hâtives sur la filiation du tueur. C'est que, en France, il y a une bien-pensance politicomédiatique qui donne le ton et, finalement, empêche la réflexion sereine qui va au-delà du prêt-à-penser médiatique. Si d'aventure le terroriste n'arbore pas de barbe ou oublie de poser un exemplaire du Coran dans sa voiture, on se chargera de lui trouver une filiation, ne serait-ce qu’épistolaire avec Daech.
En France, on ne fait pas de suppositions sur l'origine, l'identité et les motivations des auteurs d'attentats, on tire des conclusions. Et elles sont toujours les mêmes : islamiste proche de Daech et, cerise sur le gâteau, d'origine maghrébine. Voilà le «parfait» portrait robot du terroriste qui opère dans l'Hexagone que les médias consomment sans modération. Il a, en plus, «l'avantage» d'accentuer un peu plus les lignes de fractures entre la France et ses banlieues qui alimentent les agendas électoraux des politiques.
Qu'importe, si cette stigmatisation pavlovienne produit des loups solitaires comme celui de Nice, qui tentent de se faire justice de façon monstrueuse contre de paisibles civils.
Rares sont ceux qui osent fouiner dans le passé, le vécu et le refoulé de ces jeunes qui franchissent la ligne rouge. On se contente de remettre au goût du jour l'argumentaire en vogue pour se dispenser de l'effort si nécessaire de comprendre un phénomène qui menace la France.
Tout se passe comme si l'Arabe, mais surtout le musulman, est un coupable jusqu'à preuve du contraire. On l'a bien constaté avec le tandem Hollande-Valls qui, faute d'avoir trouvé un indice probant que le camionneur de Nice était un apôtre de Daech, ont inventé la «radicalisation rapide» pour nous expliquer son passage à l'acte.
Il faut se féliciter de ce que les Allemands ne soient pas (encore) tombés dans ce piège du parfait coupable. Après tout, même d'origine iranienne, le jeune tueur de Munich est avant tout un Allemand. Et, un Allemand, un Américain, un Néo-Zélandais ou un Brésilien peut bien commettre un crime de masse. Souvenons-nous du criminel Anders Behring Breivik, un
homme de 32 ans qui avait tué 69 personnes à Oslo, en juillet 2011. Cet illuminé n'appartenait ni à Al Qaïda ni à Boko Haram.Il était membre de l'Ordre norvégien des francs-maçons et d'un parti d'extrême droite norvégien. Comme quoi, il est temps de déconstruire ces explications toutes faites qui consistent à pointer invariablement ces sociétés par actions que sont Al Qaïda et Daech, dont on ne connaît pas trop les associés. Il y a pourtant une leçon que les Français, les Allemands, les Belges et tout le Vieux continent doivent urgemment tirer : l'Europe produit, elle aussi, ses propres terroristes. Et leurs motivations ne sont pas forcément dans la religion, comme on veut nous le faire croire. Ne pas admettre cette réalité serait un péché mortel.

Hassan MOALI