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Ven, Mar

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Le moment d’une conférence débat sur la peine de mort organisée par Amnesty international Algérie, le débat a failli dégénérer entre opposants et partisans de l’application du châtiment dans notre pays.

Hier, à l’hôtel Sofitel d’Alger, un débat houleux a opposé défenseurs des droits de l’homme, avocats, chercheurs spécialistes en anthropologie et en islamologie ainsi que le grand public. La conférence organisée par Amnesty International (AI) Algérie, à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort, a eu le mérite de susciter le débat autour d’une question qui divise la société algérienne et qui revient avec insistance, notamment après la multiplication des actes d’assassinats et de kidnappings contre les enfants. Saïd Djabelkhir, islamologue et chercheur en soufisme, Amar Khababa, avocat et ex-cadre démissionnaire du parti El-Adala d’Abdallah Djaballah, Aïssa Belmekki, chercheur en anthropologie et Hassina Ousseddik, directrice d’AI Algérie, se sont succédés au micro développant chacun un argumentaire tout à fait différent de l’autre.
Si la position d’Aïssa Belmekki ne tranche avec aucune des deux parties revoyant l’application ou non du châtiment «à des circonstances et selon les aspects du crime», celle de Khababa est tout à fait claire. «Toutes les lois du pays dont la Constitution, le code pénal, le code de la famille… font référence à l’Islam. C’est pourquoi nous ne demandons que l’application des verdicts prononcés (peine capitale)», déclare l’avocat pour qui, «si le gouvernement dirige au nom du peuple, il doit écouter cette partie de la société qui réclame la peine de mort, ne serait-ce que pour les assassinats, les viols et kidnappings contre les enfants». La règle dans toute société, estime l’ancien cadre du FJD, «est qu’il reflète les principes qui le régissent, sinon il demeure inconnu», dans une allusion à l’Islam qui domine, selon la société algérienne. Pourtant, répond Saïd Djabelkhir, «chacun comment vit son Islam».
L’islamologue qui défend sa thèse selon laquelle «le Coran est temporel», estime que «Dieu parlait dans l’histoire». L’application de certaines lois venues avec le Coran, dit-il, «répondait, au fait, à une urgence». «Ce n’est plus le cas à l’état actuel», défend Djabelkhir, plaidant «pour la suspension de tous les châtiments». Pour sa part, Hassina Oussedik pense que «si aujourd’hui, une partie de l’opinion demeure favorable à l’application de la peine de mort en Algérie, appelant à l’abrogation du moratoire instauré en 1993, c’est parce qu’il n’y a pas eu assez de travail de sensibilisation sur la réalité des couloirs de la mort». La peine de mort, estime la directrice d’AI Algérie, «est discriminatoire, injuste et arbitraire». Pour ce qui est de l’Algérie, elle reste tout de même confiante que «l’abolition interviendra».
Ce qu’il y a lieu de relever, enfin, est que le débat a failli déraper à un moment de la conférence lorsqu’un avocat du Barreau d’Alger, représentant maître Abdelmadjid Sellini, osa des propos, le moins que l’on puisse dire, «provocateurs», en faisant allusion à maître Khababa, parlant de «cheikhs cathodiques qui prêchent des conneries et des âneries». C’est alors que l’avocat, ex-cadre du parti El Adala, serein, respectueux et professionnel durant le débat, se leva pour «demander des excuses au risque de quitter la salle». Bien que les choses ont repris leur cours, la conférence organisée par l’organisation des droits de l’homme a donné la preuve combien la question de la peine de mort divise en Algérie.

Aïssa Moussi