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Ce vendredi, le mercure indique plus de 34 degrés, et lorsque nous arrivâmes vers 17h30 à la daïra de Béni-Ounif, en cette journée de Ramadhan, la ville est presque déserte.

 

Seuls quelques vendeurs de melons et pastèques, occupant la chaussée, somnolaient sous leurs abris de fortune. On dirait que la vie s'est arrêtée dans cette cité de plus 12 000 habitants et située à plus de 90 km à l'extrême nord-ouest de la wilaya de Béchar. L'étranger à la ville est vite repéré par la population, habituée au trafic très dense menant du nord vers le sud-ouest du pays, notamment Béchar, Tindouf et Adrar, mais elle reste très hospitalière et accueillante. On a été approché par Hadj Mokhtar, un septuagénaire à qui nous nous sommes présentés comme journalistes avec comme mission de faire toute la lumière sur les réfugiés bloqués par les autorités marocaines au-delà de la frontière qui n'est qu'à 500 mètres de la ville de Béni-Ounif. Seule une montagne la sépare de la ville marocaine de Figuig, située à quelque 5 km de la ligne frontalière. Mais le poste frontalier marocain est visible à l'œil nu. Cette vaste région frontalière est connue pour ses activités de contrebande et de trafic de drogue, et Hadj Mokhtar nous indique que seuls les contrebandiers pourraient nous renseigner sur tout ce qui se passe de l'autre côté de la frontière, car, selon lui, «ces derniers sont en contact permanent avec les barons marocains». Et de souligner qu'avant la sécurisation de la frontière par l'ANP, la ville de Figuig ne vivait que des produits algériens qu'acheminaient les contrebandiers contre de l'alcool frelaté, des effets vestimentaires et sans doute aussi de la drogue.

Visite guidée à la ville

Contrairement à nos premières impressions, la ville s'anime au fur et à mesure qu'approche l'heure de la rupture du jeûne. Le ksar de Béni-Ounif, situé au nord de la ville et sur la rive gauche de oued Sidi Abdelkader, regorge de fruits et de légumes. Femmes et hommes s'approvisionnent en produits frais et à la Casbah, qui renferme la mosquée Al-Atik, érigée en 718 de l'Hégire, le commerce à l'étalage foisonne avec toutes sortes de sucreries, de gâteaux traditionnels et d'autres produits culinaires locaux. Le marché de Rabha reste incontestablement avec la grande place Tibahar le lieu le plus animé. C'est là que notre guide nous met en contact avec des personnes qui devraient nous éclairer sur la situation et le sort des réfugiés syriens. La seule condition posée c'est qu'on dîne avec eux et que leurs noms n'apparaissent pas dans notre reportage. Après avoir partagé un succulent repas arrosé par un délicieux thé à la menthe, comme le veut la tradition, nous entrâmes dans le vif du sujet.

Les réfugiés interceptés à Nador

Selon nos interlocuteurs les réfugiés syriens, au nombre de 60, ont été interceptés à la ville marocaine de Nador, mitoyenne de l'enclave espagnole de Mélilla. Les syriens tentaient de rallier l'Espagne comme le font tous les migrants africains, et ce, grâce à tout un réseau de trafiquants et de passeurs. Le Makhzen marocain les a renvoyés vers la zone frontalière de Figuig «dans des conditions inhumaines car entassés dans des fourgons de police et parcourant plus de 500 km, sachant qu'entre Oujda et Figuig, il y a 388 km , à cela s'ajoute la centaine de kilomètres séparant Nador de Oujda». Parmi les réfugiés figurent des enfants et des personnes malades, et l'on rapporte que «le Makhzen les a déposés dans une zone isolée de la ville de Figuig, située au sud du vieux ksar de Figuig, soit tout près de la dune de sable mitoyenne à la grande palmeraie de Figuig». Nos interlocuteurs précisent que «la population locale a été sommée par le Makhzen de ne pas les approcher, ni de venir à leur aide, comme il a été refusé à toutes les organisations humanitaires marocaines et internationales de les contacter ou de leur fournir des secours et de la nourriture. Seule la police des frontières leur livre une nourriture infecte et très en deçà de leurs besoins». A les entendre, le sort des réfugiés syriens est compromis. Afin d'étayer ses révélations, notre interlocuteur contacte par téléphone son ami à Figuig. Il met la conversation en mode haut parleur.

Témoignages accablants

Il appelle le marocain : «Allô Mouloud, ça va, saha ftourkoum, kifach al ahwel à Figuig», qui répond : «Al hamdou lillah ya si… lakin ma tachkourch al hala mouch maziana Allah eykawen kheir». Notre interlocuteur : «Aw kifach rahom dayrin khawatna essouriyi- ne ? Mouloud : «Wallah li rah dayra fihoum daba al Makhzen hram, wallah al yahoud wa ma eydirouhach la siyama fi had chahr entaa al ghoufrane wa al ihssene. Ziadatene ma khalawnach hata enmawnouhoum bel akl wa charab. Had chi hram bezaf. Allah eykoun fi aawnehoum». Ce qui conforte la thèse de nos interlocuteurs qui ne comprennnent pas l'attitude des autorités marocaines malgré le feu vert donné par l'Algérie de les accueillir. Selon nos sources, le nombre des réfugiés syriens dépasse de loin le chiffre avancé par les médias marocains. Ils sont une soixantaine. Parmi eux des enfants, des femmes et surtout des personnes qui souffrent de maladies chroniques. Lors de la communication téléphonique, on a entendu dire
qu'«ils ont été maltraités et ont subi les pires sévices». Ce qui explique l'entêtement des autorités marocaines de ne pas les remettre à la partie algérienne et leur refus de visite par les organisations humanitaires internationales. «Le Makhzen craint leurs témoignages une fois remis aux autorités algériennes», affirment tous ceux que nous avons interrogés et qui sont au fait des agissements du Makhzen. «Si les marocains n'avaient rien à craindre, ils auraient dû les laisser traverser la frontière de Maghnia. Le fait qu'ils ont été déplacés jusqu'à Figuig prouve qu'il y a anguille sous roche, et en plus, on leur refuse tout contact avec la population locale et les organisations humanitaires internationales», soulignent-ils. L'un de nos interlocuteurs précise qu' «il était prévu par les marocains leur passage de la frontière de nuit, mais nos gardes-frontières et les forces de l'ANP ont fait échouer le plan du Makhzen visant à accuser la partie algérienne de maltraitance à leur encontre». Toujours est-il, les réfugiés sont dans un no man’s land, livrés à eux-mêmes, sans aucune aide ni secours.

Un accueil qui perdure

Côté algérien, tout a été mis en place, et les autorités locales ont mobilisé tous les moyens pour l'accueil des réfugiés syriens. La population attend aussi avec impatience leur «libération» par les marocains. Eléments de la protection civile, croissant-rouge algérien, ambulances médicalisées et équipes médicales sont dans l'expectative à quelques mètres du poste frontalier de Béni-Ouanif. Un élan de solidarité a gagné par ailleurs toute la population locale et d'importantes aides matérielles ont afflué au niveau du centre d'accueil spécialement aménagé par les autorités locales pour accueillir et prendre en charge l'ensemble des réfugiés syriens. Certains syriens sont venus de Béchar et dénoncent «l'attitude du Makhzen marocain». Pour eux, «l'Algérie est une terre d'accueil, et depuis qu'on y est, on n’a jamais eu de problème avec le peuple algérien qui reste un peuple merveilleux et très hospitalier», ajoutant qu'on avait trop misé sur la visite de Macron au Maroc et on attendait un dénouement de cette affaire lors des discussions qu'il avait eues avec le roi Mohammed VI. Malheureusement, nous avons été déçus par l'attitude du président français qui, auparavant, avait sollicité le président turc pour la libération du journaliste-photographe retenu en Turquie. Et de conclure avec sarcasme : «La vie des syriens importe peu aux dirigeants français qui sont en partie responsables de la détresse du peuple syrien». En attendant un dénouement à cette affaire, le monde entier est pris à témoin de la tragédie humaine qu'endurent les réfugiés syriens retenus de force dans le dénuement total par le Makhzen marocain. Si c'était des occidentaux, on aurait certainement assisté à une mobilisation sans précédent, mais même la presse occidentale n'en parle pas.

Reportage réalisé par
B. Soufi

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