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Lun, Mai

Cinéma
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Le film de Sid Ali Fettar, Les Tourments, a été projeté hier en avant-première à la Cinémathèque d'Alger.

Sans titre 10

Si Mustapha (Hamoud Loukal) ouvrier à la retraite et ancien moudjahid a été forcé de déserter sa maison ancestrale délabrée de La Casbah pour se réfugier avec sa famille dans un baraquement en attendant des jours meilleurs. Sa famille fait face à de multiples tourments. Son fils cadet Lakhdar, technicien supérieur, vit avec son épouse Zahia sous son toit, le benjamin Rafik a pris la mer en harrag et vit en Europe. Karima sa fille vit dans la désillusion et le désenchantement avec son époux Saïd, riche homme d'affaires corrompu. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, son fils aîné Mahmoud, par la mouvance intégriste, s'est retrouvé dans les habits d'un terroriste. Mahmoud était un vendeur à la sauvette dans les rues de la capitale avant que la police ne vienne le sommer de quitter les lieux. «Allez dire aux vendeurs du square qui se font des milliards de déguerpir et pas à nous…», lance Mahmoud à un policier avant que ce dernier ne le tabasse. Suite à cela, Mahmoud se retrouve embarqué par les barbus dans des séances de lavage de cerveau avant de rejoindre le maquis. Dès les premières minutes du film, le réalisateur nous montre l'image de Mahmoud, tabassé par son chef terroriste. Ce dernier ayant pris connaissance d'un document sur la réconciliation nationale que portait Mahmoud. Aidé de son ami Abdeldjebbar (Réda Laghouati), ils tuent ses «pseudo-frères» et arrivent à s'échapper jusqu'à ce que la Gendarmerie nationale les rattrape. Le film nous montre la mafia qui contrôle le marché commercial et qui se fait une guerre sans pitié pour garder le monopole. A peine sortis de prison, les deux amis Mahmoud et Abdeldjebbar n'arrivent pas à se réinsérer dans la société et rejoignent immédiatement l'organisation terroriste mafieuse afin de trouver un boulot. Ces derniers se retrouvent à travailler pour le compte d'un businessman qui les payait au prix fort pour éliminer sont rival. Sauf que Mahmoud, bourré de remords et de culpabilité, de honte envers sa famille et son père qui n'a pu lui pardonner renonce vite à cette mission. Si Mustapha rend l'âme sous les pleurs de sa famille. Regrettant ses actes et racontant ses malheurs à la mer en bas de Pointe Pescade, Mahmoud est assassiné par celui-là même qui l'a embarqué dans la mouvance islamiste.

Des sujets jamais abordés...

Lakhdar, qui attendait d'avoir un logement AADL et qui jusque-là travaillait dans une usine, se retrouve liquidé par ses responsables avec 50 de ses collègues. Sans emploi, Lakhdar compte sur sa femme, couturière, pour les faire vivre. Ici, le réalisateur met en évidence l'économie du marché et le régime communiste raté qu'avait adopté l'Algérie. En évoquant la réconciliation nationale et le lancement des logements AADL, Sid Ali Fettar arrête son film dans une fausse temporalité, la période exacte de cette fiction n'étant pas claire. Par ailleurs, en parallèle à la mouvance islamiste et au terrorisme, le réalisateur a mis en scène un sujet qui n'a jamais été encore abordé sur grand écran, celui des Saoudiens, des gens du Golfe qui «finançaient le terrorisme en Algérie». Fervent Casbadji, Sid Ali Fettar a sublimement montré Alger, la rue Larbi-Ben M'hidi, la statue de l'Emir Abdelkader, quand les deux «ex-terroristes», libres, déambulaient dans ces rues en regrettant leur jeunesse perdue, leurs rêves et leurs ambitions, La Casbah, ses maisons délabrées et ses artisans. Côté technique, le montage d'images, les effets ajoutés au film ne font pas de lui une grande production cinématographique, un fait qui revient peut-être au budget très limité (2 milliards de centimes) du film. Le jeu des acteurs manque de sincérité et d'engagement. Cependant, Sid Ali Fettar a le mérite d'avoir évoqué des thèmes jusque-là «tabous» puisque censurés à outrance. «J'ai du mal à croire que ce qui s'est passé durant la période rouge a émané des Algériens. Je pense qu'une volonté et une manipulation venant d'ailleurs sont à l'origine de ces événements. A l'époque, et même aujourd'hui, on ne sait pas vraiment qui étaitderrière tout ça. Ce n'est que ces dernières années qu'on a commencé à émettre des hypothèses», a déclaré Sid Ali Fettar lors du point de presse qui a suivi la projection du film. «Mon film n'est pas moralisateur, je tiens juste à dire que l'Islam n'est pas la violence. Notre religion n'est pas représentée par le terrorisme. C'est une religion de paix.»

Sara Boualem