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Dim, Mar

Culture
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Dans cet entretien, l'écrivain Youcef Dris nous parle de la situation de l'édition, de la distribution et de la promotion du livre en Algérie, de son nouveau roman Le puits confisqué qu'il présentera prochainement au salon international du livre d'Alger ( SILA) et de ses projets.

Le Temps d'Algérie : Bientôt le Sila 2016 ! Est-ce que vous allez être présent à cet évènement avec un nouveau produit culturel ?

Youcef Dris: Normalement, il est prévu que je présente mon nouveau roman édité par les éditions El Ibriz, intitulé Le puits confisqué. Donc, si tout va bien, et s'il y a confirmation de ma maison d'édition, je serai présent au Sila 2016 Inchallah. Personnellement, j'ai rarement raté cet important événement littéraire international que l'Algérie a l'honneur d'organiser depuis sa création. Je consacrerai donc une journée que programmeront pour moi les éditions El Ibriz afin de rencontrer mes lecteurs pour une séance de dédicace, mais aussi pour y rencontrer mes confrères écrivains afin de m'informer de leur actualité littéraire et de leurs nouveautés que je lirai avec plaisir.

Avez-vous trouvé des facilités pour la publication de cet ouvrage ?

Il y a toujours des difficultés à produire un livre dans notre pays. Trouver un éditeur qui accepte de vous publier n'est pas une mince affaire, vu que ce secteur de notre culture demeure le parent pauvre, comparé à d'autres secteurs. Mais cet ouvrage a des chances d'être présenté au Sila.

De quoi s'agit-il exactement ?

Il s'agit d'une histoire inspirée de faits réels, et qui a pour théâtre une ville de notre grand Sud. L'histoire se déroule dans les années 1930. En résumé, la population d'une bourgade d'El Oued se trouve privée d'eau par les autorités coloniales installées dans la région, après avoir cédé gratuitement le seul puits qui les alimentait à un colon qui venait de s'installer dans la région. C'est alors que les drames se multiplient dans cette paisible dechra, et des familles entières en pâtissent. Cet ouvrage, contrairement au style classique du roman, est illustré de photos de ces familles et de leur environnement, vu qu'il s'agit d'une histoire vraie.

Que pensez-vous du livre en Algérie, notamment de la distribution et de la promotion ?

Comme je l'ai dit plus haut, la culture en Algérie et la littérature en particulier trouvent très peu d'aide de la part des responsables chargés de ce secteur (‘’Takachouf’’, me dira-ton ?). Pourtant, la culture d'une nation en est le miroir où se reflètent ses connaissances, ses croyances et ses traditions originales. C'est, en bref, une clé à l'aide de laquelle on peut ouvrir la porte de la connaissance de son peuple et de ses institutions. Mais chez nous, cette clef semble encore très neuve et trop brillante, vu que l'on ne veut probablement pas trop l'utiliser de peur de l'abimer et gâcher sa brillance. Concernant la promotion du livre, peu d'articles à mon sens restent consacrés aux livres et aux auteurs. La plupart des journalistes ou chroniqueurs qui en parlent sont souvent proches du livre ou auteurs eux-mêmes, et c'est très bien, mais insuffisant à mon sens. Je pense que certains journaux gagneraient à consacrer régulièrement au moins une page pour le livre, pour les nouvelles publications, pour les maisons d'édition les plus actives, et des entretiens avec des auteurs qui font l'effort d'écrire malgré les difficultés qu'ils rencontrent. Le peu de promotions que l'on trouve dans la presse ou dans les médias lourds sont le fait des éditeurs, et parfois des auteurs eux-mêmes qui ont la chance de connaître quelqu'un qui connaît quelqu'un qui… Quant à la distribution, elle reste à organiser ou à réorganiser, car certains ouvrages ne dépassent guère le seuil de quelques librairies de la capitale. J'ai moi-même tenté en vain de trouver certains ouvrages de mes confrères écrivains à Oran où je réside. Certains de mes livres, pour ne pas dire la quasi-totalité, sont introuvables à Oran ou dans d'autres wilayas du pays, et des lecteurs et parfois des amis me posent souvent la question même sur les réseaux sociaux, et à laquelle je n'ai pas de réponse. Combien y a-t-il de distributeurs en Algérie ? Où sont-ils domiciliés ? Quels secteurs couvrent-ils ? Telles sont les questions que j'aimerais poser moi-même aux chargés de ce secteur.

Vous avez également d'autres projet. pouvez-vous nous en parler ?

Des projets, j'en ai toujours, car, l'écriture, je ne sais faire que ça. Je suis en quelque sorte «un besogneux de la plume». Je touche à tout. Le roman, l'essai sur l'histoire contemporaine, la biographie de personnalités de l'art ou de l'histoire, la nouvelle, le conte pour enfants, et j'ai même taquiné la muse, puisque mon premier ouvrage intitulé Grisailles est un recueil de poèmes écrit en 1993, et dont j'ai offert les droits à une association caritative. Aujourd'hui, je me suis même mis à l'écriture cinématographique.

Justement, nous avons appris que vous avez un projet de film...

Effectivement, j'ai écrit le scénario d'un film adapté de mon roman Les Amants de Padovani, et après une galère de près de dix ans, il va enfin (j'espère, car on n'est sûr de rien dans ce domaine) avoir son premier tour de manivelle Inchallah. Là, je pourrai dire El Hamdoulillah. Je viens également de terminer l'écriture d'un autre scénario inspiré toujours d'un de mes romans, mais là, je ne m'avance pas trop pour les raisons que je viens d'évoquer plus haut.

D'autres projets en vue ?

Enormément ! Mais leur concrétisation dépendra de plusieurs facteurs, comme je l'ai déjà dit. L'argent étant le nerf de la guerre, et gagner la guerre de la publication pour un auteur n'est pas chose aisée. Pour exemple, j'avais préparé différents ouvrages, une année avant l'événement Constantine capitale de la culture arabe, dont un livre dans le style des ‘’beaux livres’’ sur l'histoire du malouf, illustré de dizaines de photographies très rares des précurseurs de ce style et des troupes de différents pays qui ont une longue et belle histoire avec le malouf. Un autre ouvrage illustré sur la vie et l'œuvre du très talentueux et charismatique Ziryab, et un autre sur la ville de Constantine. Hélas, pour des raisons encore inconnues aujourd'hui, aucun de ces ouvrages n'a été retenu pour cet événement. Ils restent en instance d'édition, peut-être seront-ils publiés post-mortem. Aujourd'hui, je viens de terminer un bel ouvrage illustré de nombreuses photos d'époque et contemporaines sur l'histoire d'Oran. «Oran d'hier et d'aujourd'hui». Un genre de guide historique, touristique, culturel… Un ouvrage qui rentre dans la catégorie des ‘’beaux livres’’, et dans les deux versions, arabe et français. Oran étant ma ville d'accueil et où je demeure depuis 1996. C'est aussi un hommage que je rends à cette belle cité El Bahia la lumineuse, car c'est aussi ma muse, puisque c'est à Oran que j'ai écrit la plupart de mes ouvrages. La publication de ce livre dépend aussi de beaucoup de facteurs. Malgré toutes ces difficultés rencontrées dans la publication de mes ouvrages, je ne cesserai pas d'écrire. Françoise Sagan disait : Je ne suis le porte-drapeau de personne… Ecrire est une entreprise tellement solitaire… Pour moi, écrire sur l'Histoire, le pays, les artistes, ou tout simplement le roman est une forme de patriotisme. Je le considère comme tel et le revendique.

B. R.